jeudi01mai
Depuis une dizaine d'années, la rémunération moyenne des fonds en euros recule inexorablement. Nous voici rendus, en 2014, à un rendement moyen de 2.5% environ, un taux qui exige 28 longues années pour simplement doubler un capital en monnaie courante. Les 2,50 % jugés par la plupart bien maigres sont moins qu'hier, mais plus que demain. Les taux devraient encore baisser en 2015, 2016 et probablement en 2017 ; à plus longue échéance, une remontée reste envisageable, mais elle ne pourra être que très lente.

La décrue s’est accélérée à partir de 2008. Pour tenter d’enrayer la sévère crise financière, les banques centrales du monde entier ont abaissé à marche forcée leurs taux directeurs, qui déterminent le coût de l’argent à court terme et orientent de façon plus ou moins ordonnée l’ensemble des taux d’intérêt.


Le résultat, six ans plus tard, est que le monde vit dans un contexte inédit. L’argent ne coûte plus : les fonds monétaires ne rapportent plus rien et sont en voie de disparition sous leur forme traditionnelle ; on s’endette à 2% sur quinze ans/vingt ans pour acquérir son logement ; des banques commencent à taxer les dépôts ; les investisseurs paient pour détenir des emprunts d’état allemand et acceptent un intérêt misérable de 0.7% l’an sur dix ans pour une dette française controversée. Le rendement de tous les actifs est poussé à la baisse.

En quoi cela affecte t-il les fonds en euros ?

Pour le comprendre, il convient d’en connaître la structure. Schématiquement, un fonds en euros, c’est un portefeuille constitué de nombreuses obligations, dont les coupons fournissent le rendement et les remboursements échelonnés permettent d’assurer la liquidité. La difficulté majeure est que le taux de rendement des obligations n’est pas constant (lire : qu’est-ce qu’une obligation ?). Le rendement du fonds en euros ne peut être indifférent aux obligations qu’il détient. Et c’est là que le bât blesse, puisque les rendements obligataires, poussés à la baisse par la politique des banques centrales, se sont effondrés. On peut dire sans grand risque de démenti qu’aujourd’hui, la majorité des fonds en euros versent un intérêt supérieur à celui qu’offrent instantanément les titres du portefeuille.

Comment verser plus que le fonds ne rapporte ?

Les assureurs disposent de plusieurs leviers :

  • ils ont en général des réserves, dites provisions pour participation aux excédents, qui sont constituées par les plus-values non distribuées des années fastes ;
  • la longue baisse des taux d’intérêt a généré une plus-value considérable sur les obligations détenues : une obligation d’hier donnant du 5 % vaut plus cher que celle d’aujourd’hui qui n’offre plus que 2 %. Même si les titres sont normalement portés jusqu’au terme, il n’est pas interdit au gestionnaire de réaliser ponctuellement une plus-value ;
  • longtemps acheteurs quasi exclusifs de dette publique, réputée la plus solide –ce que les soubresauts financiers des dernières années ont infirmé-, les assureurs se sont tournés vers les obligations d’entreprise ; mais les rendements de celles-ci ont aussi fortement diminué au point que les sociétés mondiales les plus sûres empruntent au même taux que les états ;
  • l'utilisation d’autres actifs peut améliorer la performance : les actions notamment servent actuellement un rendement supérieur aux obligations, phénomène peu courant, et les plus-values qu’elles dégagent peuvent être rapides ; leur grande volatilité limite néanmoins beaucoup leur usage. L’immobilier d’entreprise offre des rendements de l’ordre de 5 %, assez stables, aussi nombre d’assureurs proposent des fonds en euros « immobiliers » détenant une large proportion de tels titres ; mais la liquidité est moins bonne et, malgré ses qualités, l’immobilier n’offre pas de sécurité du capital.


L’assureur ne peut donc avoir recours à tous ces produits qu’avec  parcimonie, car il a garanti à ses assurés le capital à tout moment et ne peut prendre le risque de faire face à des rachats substantiels sur un portefeuille dont la valeur serait inférieure à celle d’origine.

L’hypothèque des flux de capitaux

Au-delà de ces aspects techniques liés à la gestion des actifs, l’assureur va aussi subir d’autres contraintes sur lesquelles il a encore moins de prise : l’ancienneté du fonds d’une part, les entrées et sorties de capitaux sur son fonds en euros, qui résultent du seul bon vouloir du public d’autre part. Celles-ci sont de nature à influer notablement sur la performance. Selon leur âge et l’attrait des contrats dont ils sont le support, la situation des fonds en euros est très variable, mais on peut en retenir quelques tendances majeures :

  • un fonds en euros ancien, sans même évoquer d’éventuelles réserves, détient encore des titres offrant des coupons de 5 % et davantage. Ils se raréfient à mesure que les obligations arrivent à terme, mais autorisent en principe une rémunération élevée ;
  • un fonds de création récente, à l’inverse, ne dispose pas de ces obligations à coupon élevé ; il sera plus gêné pour distribuer du rendement, surtout si le contrat attire des capitaux importants que l’assureur se voit contraint d’investir aux conditions actuelles de taux très faibles. De plus, il n’a pas ou peu de réserves ;
  • si l’assureur tente d’améliorer les modestes rendements obligataires par une diversification par nature plus risquée, il lui faut s’assurer d’un bon contrôle des flux de capitaux. Cela explique pourquoi les souscriptions sont contingentées sur les fonds « améliorés », dont la gestion ne doit pas être perturbée par des entrées (comment employer l’argent ?) ou sorties (pas nécessairement au moment propice) brutales ;
  • enfin, la remontée des taux, qui finira un jour par se produire, aura pour premier effet de déprimer la valeur du portefeuille d’obligations, avant d’exercer une lente action bénéfique au fil des achats de nouveaux titres. Un fonds obligataire ne change d’orientation qu’avec  inertie. C’est bien pourquoi on ne peut raisonnablement escompter une remontée des rendements avant plusieurs années.

Vers de nouvelles formules

Cette revue des mécanismes régissant les fonds en euros laisse présager d’un futur peu attirant, qui amènera sans doute les assureurs dans les prochaines années à imaginer des produits inédits dont le fonds « Euro-croissance » est la première expression. En cela, l’assurance vie est certainement à la veille de changements majeurs, dont la fiscalité ne sera probablement pas absente.

Des qualités qui restent majeures

Pour autant, le fonds en euros traditionnel conserve malgré tout trois atouts essentiels sans équivalent :

  • le premier est la garantie du capital accompagnée de l’effet cliquet excluant la reprise de tout intérêt déjà versé, assortie à un rendement qui a certes reculé mais reste hors de comparaison avec les autres produits garantis ;
  • le deuxième est une liquidité sans défaut, même si les contrats prévoient souvent la possibilité de restriction des remboursements dans les situations extrêmes ;
  • le troisième doit s’apprécier non seulement en regard des autres placements, mais surtout en regard de l’érosion monétaire. Avec un taux d’inflation quasi nul en France et en Europe, la rémunération des fonds en euros à 2,50 % est égale, voire supérieure en terme réel – le seul qui vaille- à ce qu’elle était il y a dix ans avec un taux facial presque double. Seule l’année 2009, marquée par une chute des prix ponctuelle, avait apporté un taux réel plus élevé dans les dernières années.


A ces égards, le fonds en euros continue à offrir aux épargnants un havre de sécurité associé à une progression du capital, année après année, et à mériter la confiance dont il est investi.

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