mercredi28septembre
Au cours des dernières semaines la presse, spécialisée mais aussi généraliste, s'est fait l'écho de menaces sur l'assurance vie, placement très largement répandu dans l'épargne française puisque son encours avoisine 1600 milliards d'euros détenus par plus de 15 millions d'assurés. A grand renfort de titres alarmistes, les dangers supposés semblent avoir suscité chez les épargnants, outre des craintes diffuses, un mouvement d'attentisme : les versements dans les contrats ont reculé au mois d'août de près d'un tiers par rapport à ceux d'un an plus tôt, tendance qui semble se confirmer en septembre ; dans le même temps, ceux sur le livret A opèrent un retour en grâce.

L'assurance vie, placement fétiche depuis des décennies, doit-il désormais être évité ? En pratique, les inquiétudes du moment sur l'assurance vie sont de deux origines distinctes, l'une réglementaire, l'autre de marché, les deux se combinant pour brosser un portrait à l'évidence moins favorable que ce à quoi les épargnants ont été habitués pendant des décennies. L'assurance vie voit quelques-uns de ses avantages égratignés, mais n'en conserve pas moins de nombreux atouts, notamment dans les domaines fiscal et successoral.

Une épargne moins disponible ?

La loi dite Sapin II, en cours de discussion parlementaire, prévoit expressément la possibilité pour les assureurs de suspendre ou limiter les retraits des assurés en cas de perturbations importantes, dans le but de « préserver la stabilité du système financier » et, en filigrane, celle des assureurs. C'est là, sur le papier, une entorse sérieuse à l'un des grands principes de l'assurance vie, à savoir une liquidité à vue, sans limite et à tout moment. La mesure n'a cependant rien de nouveau. De nombreux contrats prévoient déjà dans leurs Conditions générales une telle possibilité. Mais la plupart des assurés l'ignorent, et le fait que ce soit la puissance publique qui s'empare désormais du pouvoir d'une telle décision lui donne une résonance particulière et suscite l'émotion que l'on constate. Quels sont les probabilités de sa mise en oeuvre ? On identifie principalement deux situations, potentiellement liées, pour une telle occurrence :

  • Une demande soudaine et massive de retraits des contrats par les assurés, qui dépassant largement les liquidités disponibles des assureurs, les contraindrait à vendre à tout prix des actifs. Le risque serait alors d'un mouvement auto-entretenu : l'avalanche de cessions générerait un krach financier justifiant les retraits subséquents. Le fait qu'en 2008 aucune panique de ce type -sauf peut-être avec la banque britannique Northern Rock, très vite maîtrisée- n'ait été observée dans le monde occidental dans une situation de crise aigüe tend à prouver que la marge de sécurité vis-à-vis d'un tel évènement est importante.
  • Une remontée rapide et prolongée des taux d'intérêt de marchés, qui détournerait les assurés vers d'autres placements plus rémunérateurs. Dans cette configuration, les portefeuilles obligataires des assureurs, et plus précisément les fonds en euros passeraient en moins-value latente et les cessions pour satisfaire les rachats se feraient à perte. La santé financière du secteur serait menacée. Le niveau actuel des taux d'intérêt, spectaculairement faible, appelle à échéance plus ou moins proche une remontée ; la tâche primordiale des banques centrales sera de piloter cette remontée de façon progressive et ordonnée afin d'écarter l'instabilité financière. Sauront-elles le faire ? On est là dans l'inconnu mais elles ont déjà démontré leur capacité à maintenir durablement les taux à un niveau que nul n'avait imaginé.
  • Évoquer ce risque de taux, c'est éclairer l'autre sujet de préoccupation actuelle vis-à-vis de l'assurance vie. Les rendements baissent, et ceux servis aux assurés en 2016 et a fortiori les années suivantes pourraient détourner les épargnants de façon substantielle vers d'autres modes de placements.

Une rémuneration en berne pour les fonds en euros

La baisse de la rémunération des fonds en euros est à l'oeuvre depuis quinze ans. Dans un contexte d'inflation très lente, puis inexistante, elle a été acceptée par la plupart des déposants, la part des fonds en euros dans l'ensemble de l'actif assurance vie n'ayant que modérément reculé. Toutefois, l'apparition de taux de marchés négatifs depuis plusieurs trimestres et l'encouragement appuyé, prenant des allures d'injonction, des pouvoirs publics à limiter les intérêts servis aux porteurs annonce des rendements très médiocres dès cette année, diminuant encore par la suite ; certains observateurs évoquent la possibilité de chiffres de l'ordre de 1% l'an, voire moins, à horizon de deux ou trois ans. C'est là le danger brandi par la presse : comment les épargnants vont-ils tolérer une rémunération aussi minime sur ce qui n'est souvent que leur unique placement mobilier ? Leur attachement très fort à la sécurité va-t-il les conduire à accepter malgré tout une telle aumône ? Et peut-on encore parler de sécurité si les rachats peuvent être suspendus ou si le capital n'est plus intégralement garanti ? Ou bien cette situation nouvelle sera-t-elle l'élément qui va provoquer un basculement historique vers une ouverture plus large aux placements à risque, avec celui de déstabiliser les portefeuilles des assureurs ? L'enjeu est considérable, et la configuration nouvelle des marchés soulève un nombre inédit de questions. L'épargnant a cependant le temps de réfléchir à celles-ci, et doit s'abstenir de prendre des mesures sous l'effet de l'inquiétude ou de la déception. Les évolutions sont dans les faits plus lentes que la conception que l'on en a. Il n'y a pas de péril majeur à court terme, ni de difficulté prochaine à récupérer ses économies. La prise en main par les pouvoirs publics, telle que définie par le projet de loi Sapin II, est destinée à éviter un péril systémique et non à donner un blanc-seing aux assureurs de contingenter les retraits à leur guise ; si elle devait se concrétiser, elle concernerait l'ensemble du secteur de l'assurance, avec pour objectif final, au-delà de la sauvegarde de ce dernier, la protection de l'épargnant, qui n'a aucun intérêt à voir la défaillance de l'organisme qui gère ses économies.

Pour éclairer et expliciter la problématique de l'assurance vie en regard des taux zéro, on pourra se référer aux deux articles parus sur notre blog : « Les fonds en euros, plus bas chaque année », du 12/09/2016, et « Taux zéro, les conséquences pour votre épargne » du 20/06/2016

Christian CHARDIN Mes-placements.fr Achevé de rédiger le 28/09/2016

Les analyses et commentaires figurant dans cette lettre reflètent le sentiment et l'opinion de Christian CHARDIN, économiste de mes-placements.fr, sur l'économie, les marchés et leurs évolutions possibles, compte tenu de son expertise, des analyses économiques et des informations possédées à ce jour. Ils ne sauraient toutefois constituer un quelconque engagement ou garantie de son auteur ou de mes-placements.fr/Finance Sélection. Les investisseurs demeurent entièrement maîtres et responsables de leurs choix d'investissement et de l'adéquation de ceux-ci avec leur situation patrimoniale et personnelle. Ils reconnaissent assumer et supporter l'intégralité des risques financiers liés à leurs investissements. L'investissement en SICAV/FCP/SCPI/EMTN... ne comporte aucune garantie, ni de rémunération ni de capital.

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