Les faibles rendements de l’épargne sécurisée n’atténuent en aucune façon leur taux d’attraction

Faibles rendements epargne securisee

À l’heure actuelle où les taux d’intérêt de la majorité des produits d’épargne sont en bas de l’échelle, les Français n’en continuent pas moins de renforcer leur bas de laine. Le climat d’incertitudes économiques a d’ailleurs accentué cette appétence pour l’épargne, sans oublier la hausse notable du pouvoir d’achat des ménages en début d’année. Quoi qu’il en soit, l’assurance-vie et le livret A en ont été les plus avantagés.

1 700 et 400 milliards d’euros, ce sont les seuils franchis respectivement par l’encours de l’assurance-vie et celui du livret A (accompagné du LDDS) en fin avril dernier. Des résultats confirmant encore une fois leur place sur le marché de l’épargne.

D’une part, cette tendance est des plus compréhensible étant donné l’aversion des ménages français aux risques en matière d’épargne. Or, les faibles rémunérations de ces produits sécurisés auraient pu faire rétracter plus d’un, sauf qu’il en a été autrement.

Le fait est qu’outre la sécurité offerte par ces types de placement, plusieurs autres raisons ont poussé les épargnants à approvisionner davantage leur contrat vie et leur livret réglementé.

Deux produits qui profitent de la forte affluence de l’épargne

Les mesures rigoureuses prises par la Banque centrale européenne afin de soutenir l’économie de la zone euro, notamment l’instauration des taux directeurs bas n’ont pas été sans conséquence sur l’épargne des ménages. Il est en effet plus compliqué aujourd’hui de faire fructifier son argent en optant pour des produits sécurisés.

Ainsi s’explique l’effritement des rendements des assurances vies en euros et des livrets réglementés, le livret A en occurrence. Si la rémunération moyenne du pilier de l’épargne retraite après une baisse constante permet tout juste à couvrir la hausse des prix à la consommation, celle du placement bicentenaire, quant à elle, n’a jamais été aussi faible à 0,75%. Et ce, sans que ses détenteurs puissent espérer un rehaussement jusqu’en 2020 au plus tôt.

Toujours est-il que ces situations n’ont pas freiné les motivations des Français à mettre de côté leur argent. Ils ont même été plus économes depuis le début d’année. Au directeur des études et prospectives du groupe BPCE, Alain Tourdjman, d’expliquer :

« Ce qui n’a pas été réalisé par le prix, on essaie de le réaliser par le volume ».

Alain Tourdjman

Et il n’est plus à redire que les Français ont peur de la Bourse, ce qui les pousse à éviter tous investissements à risque.

Cette aversion profite apparemment aux deux placements, car si la collecte des contrats vie s’élève à plus de 11 milliards d’euros entre janvier et avril 2019 pour porter son encours à 1 745 milliards, celle du livret A est estimée à quelque 10 milliards avec un encours qui n’est pas moins de 400 milliards d’euros.

Toute une multitude de raisons

Les atouts des deux placements ont toujours joué en leur faveur, comme l’explique Mayeul de Roquemaurel, directeur de marché de SPVIE Assurances, dans ces propos :

« Qu’il s’agisse du Livret A ou de tout autre support sécurisé, ce type de produit a toujours attiré les Français, qui apprécient la recette alliant la garantie des fonds et les avantages fiscaux appliqués à ces placements ».

Mayeul de Roquemaurel

Mais d’autres contextes ont favorisé cet engouement. D’une part, à la suite des évènements de l’année dernière, en l’occurrence les gilets jaunes, les ménages ont quelque peu limité leur consommation. Ce qui a nettement amélioré leur capacité d’épargne. S’ajoutant à cela, l’assagissement de l’inflation et les coups de pouce du gouvernement se caractérisant par :

  • La remise sur les frais d’incidents des clients à situation précaire et le gel de la tarification bancaire ;
  • Les primes exceptionnelles accordées aux salariés et l’exonération de leurs heures supplémentaires ;
  • Les avances sur les réductions d’impôt.

En outre, la conjoncture actuelle suscite de l’anxiété au sein de la population. Certes, l’augmentation des revenus et l’amélioration du marché de l’emploi auraient dû apaiser leurs inquiétudes, mais les déclarations du dirigeant du Cercle de l’épargne, Philippe Crevel, est sans appel. Selon lui :

« L’amplification de l’effort d’épargne des ménages s’inscrit dans un contexte économique et social jugé comme anxiogène […] Les annonces contradictoires en début d’année sur l’état de la conjoncture ont certainement inquiété les ménages qui restent dubitatifs face à l’amélioration de la situation du marché de l’emploi […]La crainte d’un retournement économique et d’une augmentation des prélèvements ou de l’inflation les incite à la prudence ».

Philippe Crevel

À Alain Tourdjman d’ajouter :

« Il y a un scepticisme assez traditionnel vis-à-vis de la France et de notre économie. Il y a aussi des préoccupations de long terme, portant sur la qualité de la retraite, l’allongement de la vie ou encore les études des enfants qui renforcent les comportements d’épargne ».

Alain Tourdjman

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