L’Élysée envisage de mobiliser le Fonds d’épargne, alimenté par une partie des Livrets A, LDDS et LEP, pour financer six EPR2. Un sondage YouGov pour MoneyVox mesure l’adhésion, les craintes et les réactions possibles des épargnants.
- L’Élysée veut mobiliser le Fonds d’épargne pour financer six EPR2, un projet à près de 73 milliards d’euros.
- Le Fonds d’épargne centralise environ 60% des dépôts Livret A, LDDS et LEP et dépassait 440 milliards d’euros fin 2024.
- Selon YouGov pour MoneyVox, 48% sont défavorables à ce financement, 34% favorables et 18% indécis.
- 26% des sondés déclarent qu’ils retireraient l’argent déjà placé si la mesure se concrétisait.
- En cas de retrait, 55% privilégieraient des placements sécurisés, notamment les fonds euros (35%).
Le jeudi 12 mars, l’Élysée a indiqué vouloir solliciter le Fonds d’épargne afin de contribuer au financement de six réacteurs nucléaires EPR de 2e génération, un programme chiffré à près de 73 milliards d’euros.
Fonds d’épargne : de quoi parle-t-on exactement ?
Ce Fonds d’épargne correspond au « pot commun » géré par la Caisse des Dépôts, bras financier de l’État. Il reçoit environ 60% des sommes collectées sur le Livret A, le LDDS et le LEP.
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Ces ressources servent notamment à financer la construction et la rénovation des logements sociaux, ainsi que des projets d’intérêt général portés par les collectivités locales. Fin 2024 (dernier pointage disponible), le Fonds d’épargne dépassait 440 milliards d’euros.
Financer des EPR2 avec l’épargne réglementée : une opinion partagée
Pour la Présidence, le nucléaire relève de l’intérêt général. Du côté de l’opinion, le tableau est plus contrasté : selon un sondage YouGov France réalisé pour MoneyVox (1), 48% des personnes interrogées se disent assez ou très défavorables à l’idée d’utiliser l’argent des livrets réglementés pour ce projet. Les favorables représentent 34%, tandis que 18% ne se prononcent pas.
À titre de comparaison, lors d’une question similaire posée en février 2023 par YouGov France pour MoneyVox, la dynamique était différente : 45% favorables contre 38% défavorables.
Ce qui inquiète : le principe du « fléchage » de l’épargne
Cette défiance ne signifie pas forcément un rejet accru du nucléaire en tant que tel. « Une partie de la population y est effectivement défavorable, mais elle reste minoritaire », explique l’économiste Philippe Crevel, cité par MoneyVox. « En revanche, Les Français sont généralement hostiles à l'idée même du fléchage de leur épargne », ajoute le directeur du Cercle de l’Epargne. « Il y a une crainte que l'Etat se serve et leur “pique“ leur argent. Même si, dans les faits, il n'y a aucun risque sur cette épargne, garantie par l'État, et sur le taux de rémunération, qui n'a rien à voir avec le financement du nucléaire. »
Début 2025, l’hypothèse de mobiliser l’épargne populaire pour financer certains programmes de défense avait, elle, suscité une défiance encore plus marquée, avec 19% seulement de sondés favorables.
Hommes, femmes : des écarts marqués
Le sondage met aussi en évidence une différence nette entre les hommes et les femmes. Les hommes sont majoritairement favorables (47%, contre 39% défavorables). Les femmes, à l’inverse, se montrent davantage opposées (55%, contre 22% favorables).
Un écart cohérent avec des résultats observés sur l’adhésion au nucléaire : d’après une enquête Ifop de septembre 2022, 56% des femmes se disaient favorables à la construction de nouvelles centrales, contre 75% des hommes (2).
Les réactions possibles : moins de versements… ou des retraits
Si la mobilisation du Fonds d’épargne pour le nucléaire devait se concrétiser, une majorité d’épargnants concernés déclarent qu’ils adapteraient leur comportement (44%). Parmi eux, 18% conserveraient leurs sommes sur les livrets, tout en arrêtant d’y effectuer des dépôts.
Et 26% indiquent qu’ils iraient plus loin, en retirant l’argent déjà placé. À l’opposé, 39% affirment qu’ils ne changeraient rien et continueraient d’épargner de la même façon.
Le risque d’une décollecte est d’autant plus surveillé que le Livret A, le LDDS et le LEP sortent déjà d’une année 2025 décrite comme difficile.
Si l’on quitte les livrets, vers quels placements se tourner ?
Pour ceux qui perdraient confiance dans les livrets réglementés, la question de l’épargne de précaution se poserait immédiatement : 30% des sondés déclarent ne pas savoir où placer leur argent.
La plupart des autres privilégieraient des solutions sécurisées : 55% choisiraient des supports avec garantie du capital. Parmi eux, 35% citent les fonds euros de l’assurance vie. Par ailleurs, 25% se tourneraient vers un livret bancaire ordinaire ou un compte à terme, présentés comme des options proches en termes de sécurité et de disponibilité.
Enfin, 39% voient dans un éventuel retrait une occasion d’orienter une partie de l’épargne vers des placements plus risqués : unités de compte (15%), produits boursiers (12%), ou encore actifs alternatifs susceptibles de fortes variations (cryptomonnaies, or, matières premières).
Sources
(1) Étude réalisée en ligne par YouGov pour MoneyVox, du 20 au 23 mars 2026, auprès d’un échantillon de 1 056 personnes représentatives de la population française de 18 ans et plus. (2) Source : Ifop, Les Français et le nucléaire : adhésion et traits d'image.