À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, une question mérite d’être posée : Les femmes investissent-elles de la même façon que leurs homologues masculins ?

    Les femmes ont un rapport à l’argent souvent décrit comme plus prudent et plus structuré. Les études récentes montrent un décalage persistant dès que les placements deviennent plus dynamiques. Or, dans un monde où la capitalisation sur le long terme est le principal moteur d’enrichissement, ne pas investir revient à laisser s’installer un écart durable. À partir de nos données, d’études récentes et du témoignage d’une investisseuse, décryptage d’un rapport à l’investissement qui évolue progressivement.

    L’indépendance financière au cœur de l’épanouissement féminin

    Soixante ans après la loi qui a permis aux femmes d'ouvrir un compte bancaire sans l'autorisation de leur mari, l'indépendance financière s'est imposée comme la première valeur associée à l'épanouissement personnel d'une femme. En 2025, 50 % des Français la citent comme premier facteur d'équilibre personnel pour une femme, contre seulement 25 % en 1987, une multiplication par deux en quarante ans. Dans le même temps, la dimension familiale a reculé de 52 % à 27 %. Ce renversement a des implications concrètes sur la façon dont les femmes appréhendent leur rapport à l'argent. Interrogées sur ce que représente pour elles l'indépendance financière, 55 % des femmes citent en premier "ne pas dépendre d'autrui", et plus précisément ne pas dépendre d'un conjoint.

    Fabienne, cadre administratif à Rennes et cliente de Meilleurtaux Placement, a accepté de partager son expérience et pour elle : "L'argent permet une indépendance, une liberté de décision. Quand j'ai commencé à travailler, j'ai vite eu besoin de me constituer un matelas de sécurité. Cela me rassure, c'est mon anxiolytique personnel." Une phrase qui résume ce que les chiffres confirment : pour les femmes, l'enjeu financier reste fortement ancré dans une logique d'autonomie.

    Pour les hommes, il est davantage associé à la performance économique, ils sont 48 % à définir l'indépendance financière par le fait de "gagner suffisamment pour vivre convenablement", soit 10 points de plus que les femmes.

    Des freins qui pèsent sur la capacité à investir

    Avant d’analyser les comportements financiers, il faut d’abord identifier les obstacles. Selon l’enquête réalisée par l’Ifop pour la France Mutualiste, trois freins principaux pèsent sur l’indépendance financière des femmes :

    • Des emplois moins rémunérés pour 59 % des répondants (temps partiel, écarts de salaires, plafond de verre),
    • Le temps consacré au soin de la famille (ménage, courses, gestion des enfants) pour 44 %,
    • La maternité et les carrières hachées pour 44 % également.

    Ces inégalités se traduisent concrètement dans les chiffres déclarés dans le baromètre de l’AMF : les revenus mensuels déclarés des femmes s’établissent en moyenne à 3 500 €, contre 4 200 € pour les hommes, et le patrimoine financier moyen des femmes (53 000 €) ne représente que 65 % de celui des hommes (82 000 €). Mais ces écarts ne s’expliquent pas seulement par les revenus. Même à situation professionnelle équivalente, des facteurs psychologiques et socioculturels maintiennent un gender gap significatif.

    Le premier est l’aversion au risque : 51 % des femmes refusent tout risque sur leurs placements, contre 31 % des hommes, et seules 34 % acceptent de prendre un risque pour espérer un meilleur rendement, contre 57 % des hommes. Nos propres données clients vont dans le même sens : les clientes de Meilleurtaux Placement sont plus exposées sur les fonds euros (52 %) que les hommes (45 %), ces derniers étant plus friands des unités de compte investies en bourse. Or, ces dernières années, les marchés Boursiers ont été positifs.

    Fabienne l'observe autour d'elle : "Les femmes engagées dans l'investissement que je rencontre ont souvent une approche prudente de leur allocation et investissent sur le long terme."

    Le second frein est la sous-estimation de leurs compétences : seules 28 % des femmes se jugent bien informées sur les placements financiers, contre 51 % des hommes, alors que les écarts réels de compréhension sont bien plus faibles. Comme le résume Fabienne : "J’avais quelques connaissances économiques et financières mais peu sur les produits d’épargne et enveloppes d’investissement. L’information est maintenant facilement accessible via des podcasts, newsletters ou vidéos. J’ai commencé à me former, à challenger mon conseiller, à définir mes objectifs et à diversifier mes investissements."

    Cela permet de comprendre pourquoi les femmes épargnent mais investissent moins, et met en lumière le rôle central de la confiance en soi et de la formation financière pour combler l’écart. Fabienne évoque également un schéma fréquent : "Au début de ma vie professionnelle, il fallait d'abord rembourser mon emprunt étudiant, puis acheter mon logement, élever mes enfants. J'avais un peu d'épargne de précaution mais pas d'investissement. C'est plutôt vers 45 ans que j'ai commencé à réfléchir à comment investir."

    Ce séquençage, sécurité d’abord, investissement ensuite, est caractéristique du parcours de nombreuses femmes et aide à comprendre pourquoi les écarts d’investissement apparaissent souvent plus tardivement dans la vie professionnelle.

    Investir oui, mais dans quoi ?

    Selon l’enquête réalisée par l’Ifop, sur la détention de produits d’épargne sans risque, les femmes sont au même niveau que les hommes : 72 % détiennent au moins un livret réglementé, un taux strictement identique. C'est là que s'arrête la parité. Dès que les produits gagnent en complexité et en dynamisme, les écarts apparaissent et s'amplifient. Toujours selon l'enquête réalisée par l’Ifop : les femmes sont moins nombreuses à détenir une assurance-vie (31 %, soit −7 points vs les hommes), un PEA (10 %, −9 points) ou un compte-titres (8 %, −6 points).

    Le baromètre AMF confirme et prolonge ce constat : seules 24 % des femmes déclarent investir "en direct" (bourse, crypto-actifs), contre 45 % des hommes. Dans le détail, 19 % des femmes investissent en bourse (contre 34 % des hommes) et 5 % détiennent des crypto-actifs (contre 15 %). Résultat : les femmes ne représentent que 38 % des investisseurs en bourse et 26 % des détenteurs de crypto-actifs. Une sous-représentation qui se traduit, dans le temps, par une constitution de patrimoine moins dynamique.

    Quand elles franchissent le pas, les femmes n'hésitent pas

    C'est là que les données Meilleurtaux Placement apportent un autre éclairage. Si les femmes ne représentent que 40 % des épargnants ayant placé leur argent chez nous l'an dernier, leur placement initial médian est tout simplement le double de celui des hommes : 20 000 euros contre 10 100 euros. En moyenne, elles placent 20 % de plus que leurs homologues masculins. Et ce à âge moyen identique, un peu plus de 52 ans, ce qui exclut l'hypothèse d'un investissement plus tardif.

    Autrement dit : les femmes sont moins nombreuses à franchir le pas de l'investissement, mais quand elles le font, elles s'engagent avec une conviction et une capacité financière supérieures. Un profil d'investisseuse déterminée, qui tranche avec l'image de prudence excessive parfois associée aux femmes.

    Sur les versements réguliers en revanche, la réalité salariale rattrape les ambitions : 100 euros par mois en moyenne pour les femmes, contre 150 euros pour les hommes. C’est le reflet direct d'un différentiel de salaires qui, à temps plein comparable, reste de 14 % en France.

    Ce que les femmes recherchent quand elles investissent

    Quand elles franchissent le pas, les femmes n'ont pas les mêmes critères de décision que les hommes, ou du moins, ne les hiérarchisent pas de la même façon. Selon l'enquête Ifop, le critère numéro un des femmes est l'absence de risque de perte en capital (citée en premier par 36 % d'entre elles, contre 31 % des hommes). Elles accordent également plus d'importance que les hommes à la confiance envers l'intermédiaire et à la transparence sur les conditions de placement. Le rendement, critère premier pour les hommes (27 %), arrive en retrait pour les femmes (19 %).

    Sur les motivations à investir, en revanche, femmes et hommes convergent : se protéger en cas de coup dur est la raison principale pour 75 % des femmes qui investissent (71 % des hommes), suivie de la préparation de la retraite et de la transmission. Des objectifs de long terme et structurés que Fabienne résume ainsi : "Depuis quelques années, je suis inquiète de la lente dérive des finances publiques de la France et de la capacité à maintenir dans la durée le niveau des prestations sociales actuelles notamment en matière de santé et de retraite. Cela m’a motivée à prendre en main mon épargne pour me garantir un complément de revenus futurs pour ma retraite, aider mes enfants et petits-enfants."

    Des signaux d'évolution encourageants

    Les femmes investissent de plus en plus. La part déclarant détenir des investissements en direct est passée de 21 % en 2023 à 23 % en 2024, puis 24 % en 2025. L'intérêt pour les placements en actions a lui aussi progressé nettement : de 17 % en 2022 à 25 % en 2025, et la confiance envers les actions de 15 % à 24 % sur la même période.

    Par ailleurs, un profil de femmes se démarque en particulier. Parmi les femmes de catégorie socioprofessionnelle supérieure de moins de 35 ans, 48 % déclarent détenir au moins un produit d'investissement, le double de la moyenne nationale féminine. Elles sont 61 % à accepter un peu de risque (contre 34 % pour l'ensemble des femmes) et 69 % pourraient envisager d'investir en actions à court ou moyen terme. Un profil qui se rapproche nettement de celui des hommes du même groupe, même si des écarts subsistent.

    Parmi celles qui investissent déjà, les différences s'estompent largement. Les femmes investisseuses sont aussi nombreuses que les hommes à détenir des actions cotées (33 %), des fonds et sicav (23 %). Elles sont presque aussi nombreuses à rechercher de l'information sur les marchés financiers (86 % contre 93 % des investisseurs masculins) et partagent une vision similaire de l'intérêt des actions à long terme (77 % contre 79 %).

    Ce que ces données nous invitent à retenir

    Les chiffres sont clairs : globalement, les femmes privilégient encore largement l’épargne sécurisée au détriment des investissements plus dynamiques. Cette tendance s’ajoute aux écarts de revenus et de carrière, et se traduit par des conséquences patrimoniales concrètes : un patrimoine financier moyen inférieur de 35 % à celui des hommes, une diversification moindre et une exposition plus forte au risque de sous-préparation à la retraite, alors même que leur espérance de vie est supérieure.

    Cela dit, toutes ne sont pas concernées : certaines femmes investissent déjà de façon dynamique et structurée, au même niveau que leurs homologues masculins, et les écarts tendent à se réduire pour les nouvelles générations et les profils socioprofessionnels plus élevés. Pour celles qui souhaitent se lancer ou renforcer leur patrimoine, les leviers existent. S’éduquer financièrement d’abord (podcasts, newsletters, formations en ligne), questionner son conseiller et comprendre les enveloppes de base. Diversifier ensuite, quitte à commencer modestement sur des supports dynamiques. Comme le résume Fabienne : "La prise en main de mes investissements à petite échelle me rend fière du chemin parcouru. Il faut se lancer, commencer par de petits montants et passer ainsi progressivement à l'action."

    Par ailleurs, Fabienne confie : "Dans mon milieu professionnel où je côtoie de nombreuses femmes actives, elles sont souvent d’excellentes gestionnaires des dépenses courantes du ménage. Elles savent épargner mais délèguent souvent les investissements aux hommes. Les quelques femmes engagées dans l’investissement que je rencontre ont souvent une approche prudente de leur allocation et investissent sur le long terme. C’est important à mon sens d’être aligné entre son profil de risque et sa stratégie d’investissement." Pour commencer dès aujourd’hui à structurer vos investissements : un conseiller peut vous aider à définir les étapes et choisir les placements les mieux adaptés à votre profil.

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    Sources : Étude Ifop pour La France Mutualiste, « Enquête sur les 60 ans de l'indépendance financière des femmes », juin 2025 (n=2 490).

    Baromètre AMF de l'épargne et de l'investissement, Audirep pour l'AMF, octobre 2025 (n=2 120) — Focus « Les femmes et l'investissement », mars 2026.

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    Écrit par
    Olivia Boulay

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