Le revenu offert par une société à ses actionnaires sous forme d'un dividende est un élément important à prendre en compte lors d'une décision d'investissement. De nombreuses distributions ont lieu pendant les mois de mai et de juin, mais avant de partir à " la chasse aux dividendes ", il est important d'analyser chaque distribution, pour comprendre le mécanisme et la politique de la société afin d'estimer si l'achat est vraiment intéressant

    1. Dividende : définition et intérêt de verser un dividende

    Le bénéfice d'un investissement en action pour l'actionnaire peut provenir de deux formes : La plus-value qui représente la hausse de la valorisation de l'entreprise, ou le dividende.

    Le dividende représente le revenu versé par l'entreprise à ses actionnaires une ou plusieurs fois par an (certaines sociétés versent un acompte sur dividende). Le montant du versement est proposé par le Conseil d'Administration en Assemblée générale Ordinaire et voté par les actionnaires. Ce sont donc les actionnaires de l'entreprise qui prennent la décision et il est logique qu'ils décident à un moment donné se rémunérer, en se versant une partie des bénéfices annuels de l'entreprise.

    Pour pouvoir distribuer des dividendes aux actionnaires, l'assemblée générale de la société doit constater l'existence d'un bénéfice annuel distribuable, ou puiser dans ses réserves. Le montant total du dividende versé est alors puisé dans les liquidités de l'entreprise. Même si les actionnaires se rémunèrent sur le dividende, ils peuvent aussi décider de ne verser que peu ou pas du tout de dividende. Ils espèrent ainsi que cet argent qui ne sera pas distribué va être investi dans des projets de croissance, ce qui va permettre à terme d'augmenter la valorisation de l'entreprise.

    Le conseil d'administration et les autres actionnaires sont donc face à une décision stratégique lorsqu'ils fixent et votent le dividende. En effet, s'ils décident de distribuer le dividende, ils touchent une rémunération. Mais il s'agit de liquidités qui sortent de l'entreprise et la valorisation de l'entreprise va donc baisser. Si par contre les actionnaires décident de ne pas distribuer un dividende, ils ne touchent aucune rémunération, mais la valeur de leurs actions ne va pas diminuer.

    Ensuite, les liquidités vont être investies dans des projets de croissance de l'entreprise, ce qui devrait permettre d'augmenter le cours de l'action. Mais il est possible que le projet ne soit pas une réussite et que la croissance ne soit pas au rendez vous. Dans ce cas, les actionnaires sont perdants et auraient mieux fait de distribuer un dividende. Généralement, les entreprises qui ne distribuent pas un dividende sont des entreprises de croissance. Par exemple, une société comme Apple ne distribue pas de dividende. Inversement, les entreprises qui distribuent des gros dividendes sont des sociétés arrivées à maturité qui dégagent des résultats récurrents.

    1.1 Le calendrier du dividende

    Le calendrier du détachement du dividende est déterminé par l'assemblée générale. La date de détachement est la date à laquelle le dividende d'une action se détache de l'action. Tous les actionnaires qui détiennent l'action à la clôture la veille du détachement vont recevoir le dividende. La date du paiement intervient 3 jours ouvrés après la date du détachement. Même si un actionnaire vend son action entre le jour du détachement et le jour du versement, il touchera quand même le dividende. Certaines sociétés choisissent de verser un acompte sur dividende. Cette méthode permet de distribuer aux actionnaires une partie des bénéfices sans avoir à attendre l'approbation des comptes après la clôture de l'exercice. Pour obtenir le dividende global, il est donc nécessaire de détenir les titres la veille de ces 2 détachements.

    1.2 Les dividendes exceptionnels

    Outre les dividendes "classiques", il se peut que des dividendes exceptionnels soient versés aux actionnaires. Il s'agit de dividendes versés de façon ponctuelle et non prévisible, en d'autres mots les actionnaires ne prévoient pas le versement de ces dividendes à l'avance.

    Dans quel cas une entreprise peut-elle verser des dividendes exceptionnels ? Les dividendes exceptionnels sont issus de revenus alternatifs, qui ne proviennent pas de l'activité de l'entreprise. Par exemple, dans le cadre d'une fusion acquisition ou bien d'une cession l'entreprise peut être amenée à verser des dividendes exceptionnels à ses actionnaires. Leurs distribution se déroule de manière classique : versement en actions ou bien en espèce.

    2. Faut-il partir à la chasse aux dividendes ?

    Le dividende est détaché quelques jours avant le versement. Cela signifie que toutes les personnes détenant des actions le jour du détachement recevront le dividende. Il est alors possible de réaliser l'opération suivante :

    • - Acheter l'action juste avant le détachement du dividende
    • - Toucher le dividende
    • - Vendre l'action en espérant qu'elle soit restée stable.

    Malheureusement, en théorie, cette opération est totalement neutre. En effet, lorsque le dividende est détaché, l'action doit baisser d'un montant égal au dividende. Fondamentalement, il est logique que l'action baisse de la valeur de la distribution puisque le dividende représente des liquidités qui étaient comptabilisées dans la valorisation de l'entreprise et qui sortent de cette valorisation.

    De manière technique aussi, il est logique que l'action baisse du montant du dividende. En effet, le prix d'une action dépend avant tout de l'offre et de la demande, c'est-à-dire des prix auxquels les acheteurs et les vendeurs sont prêts à acquérir ou céder l'action. Et si juste avant la distribution, les investisseurs sont prêts à acheter ou vendre une action à X euros, il est logique qu'après la distribution, ils soient prêts à l'acquérir ou la vendre à X ­ le dividende. En effet, l'action est toujours la même, il y a juste le dividende en moins.

    Néanmoins, il arrive quand même que partir à la chasse au dividende s'avère judicieux, surtout lorsque l'action est proche d'un seuil psychologique important. Dans ce cas, l'action peut ne pas baisser sous ce seuil. Par exemple, sur l'action France Telecom, il existe un support important à 14.75 euros. Ainsi, malgré le dividende de 1.40 euros, le titre pourrait ne pas descendre sous les 14.75 euros, ou descendre plus bas mais remonter rapidement à ce niveau, voire plus haut. Dans ce cas, réaliser un achat vente pour recevoir le dividende serait gagnant. Mais dans beaucoup d'autres cas, acheter une action avant un versement n'est pas rentable, et est même parfois perdant. En effet, les distributions de dividendes sont très demandées par les investisseurs, surtout ceux qui cherchent des revenus stables dans une période trouble, mais aussi ceux qui justement partent à la chasse aux dividendes. Ainsi, si une action est très demandée, son cours a tendance à grimper, ce qui fait que juste avant le détachement, le titre se paiera cher. Après le détachement, comme le titre sera beaucoup moins demandé, il risque de baisser, et d'un montant plus élevé que le montant du dividende obtenu.

    3.Choix de l'imposition du dividende : impôt sur le revenu ou prélèvement forfaitaire libératoire ou impôt sur la plus value ?

    Même si le cours d'une action baisse à cause du dividende, l'actionnaire n'est théoriquement pas lésé puisqu'il touche son dividende. Mais dans certains cas, l'actionnaire peut être perdant à cause de la fiscalité. Néanmoins, la fiscalité est plutôt avantageuse sur les dividendes. En effet, ceux-ci sont à déclarer à l'impôt sur le revenu, après un premier abattement de 40% des dividendes perçus, et un deuxième de 1525 pour une personne seule ou 3050 pour un couple soumis à une imposition commune.

    Pour ceux dont le taux marginal d'imposition est élevé, ils peuvent choisir l'imposition au prélèvement forfaitaire libératoire de 19%. Mais dans ce cas, ils ne bénéficient d'aucun abattement. Ainsi, comme pour les revenus des obligations et placements bancaires, le choix de l'imposition sur le revenu est toujours avantageux pour les particuliers qui sont dans les tranches à 14%, 5.50% ou 0%.

    De plus, grâce aux abattements, le choix du barème progressif est également plus intéressant pour les particuliers dans la tranche à 30%. En effet, avec l'abattement de 40%, ils ne sont imposés que sur 60% du montant total des dividendes. Comme le taux d'imposition est de 30%, l'imposition est en fait égal à 18% du dividende, donc inférieure au PFL.

    Attention à l'augmentation des impôts

    Cependant, il faut quand même regarder si l'incorporation des dividendes à la déclaration d'impôt sur le revenu ne ferait pas passer le particulier de la tranche à 30% à celle à 40%. Dans ce cas, le calcul pour le choix entre les deux modes d'imposition serait beaucoup plus complexe, car une partie des dividendes serait imposée à 30% et l'autre partie à 40%. Enfin, il est également possible que le choix du barème progressif soit également plus intéressant pour les particuliers dans la tranche à 41%, lorsque leurs dividendes sont faibles et donc fortement diminués par les deux abattements.

    Par exemple, si un couple touche 6000 euros de dividendes, avec les deux abattements de 40% et de 3050 euros, le dividende imposable ne serait que de 550 euros, d'où une imposition bien plus faible pour le barème de l'IR par rapport au PFL. En pratique, le choix du PFL devient intéressant pour les couples dans la tranche à 41% à partir de 25000 euros de dividendes, et à partir de 13000 euros pour les célibataires. Finalement, l'imposition d'un dividende est dans la plupart des cas bien plus intéressante que l'imposition sur les plus-values. Si vous êtes en plus values, il est donc généralement plus intéressant de toucher le dividende. Mais si vous êtes en moins value, il est souvent préférable de vendre l'action et de la racheter à un prix plus bas après le versement du dividende. Dans ce cas là, vous n'auriez aucune imposition, et une perte reportable sur les années suivantes.

    4. Dividende en espèces ou en actions ?

    Par ailleurs, une société peut prévoir dans ses statuts que l'actionnaire aura le choix de percevoir le dividende en espèces ou en actions. Dans le deuxième cas, au lieu de donner un dividende de X euros pour chaque action détenue, la société va donner à l'actionnaire un certain nombre d'actions. Le nombre d'actions données dépend du prix d'émission de ces actions, qui est fixé par l'entreprise. Généralement, elle offre une décote pour que les actionnaires souscrivent aux nouvelles actions. Mais la décote ne peut être supérieure à 10% de la moyenne des cours cotés au cours des 20 séances de bourse précédant le jour de la décision de distribution, diminuée du montant net du dividende. Le prix d'émission des actions nouvelles est donc souvent égal à 90% de cette moyenne.

    Outre le prix d'émission, le nombre d'actions données à l'actionnaire dépend aussi du montant du dividende et du nombre d'actions qu'il détient. En effet, l'entreprise va donner aux actionnaires un certain nombre d'actions pour que la valeur des actions données soit égale au montant du dividende qui aurait été perçu si l'actionnaire avait choisi le paiement en cash. Le nombre d'actions données est ainsi égal au nombre d'actions détenues multiplié par le dividende par action, divisé par le prix d'émission des actions.

    L'actionnaire a également droit à une soulte en espèces lorsque le montant des dividendes pour lesquels est exercée l'option ne correspond pas à un nombre entier. Prenons l'exemple du dividende de Crédit Agricole. La société a décidé lors de l'AG du 20 Mai 2011 de distribuer un dividende de 0.45 euro par action. Cette assemblée a décidé d'accorder à chaque actionnaire la possibilité d'opter pour un paiement du dividende soit en numéraire, soit en actions nouvelles. Le prix d'émission des actions nouvelles remises en paiement du dividende est fixé à 90 % de la moyenne des cours d'ouverture de l'action sur les vingt séances de bourse précédant l'Assemblée générale, diminuée du montant du dividende. Il s'établit à 9,49 euros.

    Admettons alors que vous ayez 1000 actions crédit Agricole. Vous pourriez soit recevoir un dividende de 450 euros, soit 47 actions (450/9.49 = 47.42) et un versement espèce de 3.97 euros (450 ­ 47*9.49). Généralement, avec la décote, le choix du dividende en action est intéressant puisque l'actionnaire reçoit des actions nouvelles et baisse son PRU. Il augmente aussi sa part dans l'entreprise. Le choix dépend ensuite de la conviction que vous avez dans le futur de cette entreprise.

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