Malgré un effort d’épargne supérieur à la moyenne européenne, le patrimoine des Français est en net retard par rapport aux pays voisins. Une étude menée par J.P. Morgan Asset Management montre qu’une grande partie des ménages renonce aux marchés financiers, principalement par crainte du risque, par un manque de culture financière ou une absence de conseil indépendant.
- Les foyers français mettent de côté 18 % de leur revenu disponible, devançant la moyenne européenne (15 %) et le niveau américain (3 %).
- Près de la moitié des avoirs financiers reste concentrée sur des supports garantis ou à faible rendement, contre seulement 10 % directement placés en Bourse.
- Plus d’un quart des sondés perçoivent à tort les livrets comme le placement le plus rentable à long terme, loin devant les actions (12 %).
- Selon l’institut Rexecode, porter la part d’actions du patrimoine national de 19 % à 27 % aurait rapporté 340 milliards d’euros supplémentaires sur deux décennies.
Une orientation des fonds révélatrice d’un attachement massif à la sécurité
La réserve financière des foyers tricolores demeure particulièrement solide, puisqu’ils parviennent à économiser 18 % de leur revenu disponible. Or, l’essentiel de ces capitaux reste concentré sur des solutions très conservatrices et peu génératrices de valeur, telles que les livrets réglementés et les fonds en euros de l’assurance vie. Même en faisant abstraction de la réserve de précaution, plus d’un actif sur trois (35 %) privilégie les comptes bancaires traditionnels pour stocker ses liquidités à moyen et long terme. À l’inverse, les actions n’attirent que 15 % des sondés.
ImportantCes chiffres révèlent un décalage flagrant entre la perception des épargnants et la réalité historique des marchés. 26 % des répondants accordent une confiance erronée aux placements financiers liquides pour créer de la valeur sur la durée. Dans les faits, les investissements en actions sur un horizon d’au moins 10 ans offrent de meilleures performances.
La prudence excessive des Français s’explique par trois grands facteurs : pour 33 % d’entre eux, la crainte de perdre son capital initial constitue le premier blocage. À cela s’ajoute une maîtrise insuffisante des supports d’investissement, citée par quatre personnes sur dix. Enfin, l’absence d’accompagnement neutre renforce leur frilosité, la majorité des particuliers sollicitant uniquement leur établissement bancaire habituel.
L’impact d’une stratégie trop prudente sur l’économie nationale
À l’échelle du pays, ce choix de gestion passive ralentit l’enrichissement global. Les travaux de l’institut Rexecode montrent par exemple un différentiel d’environ 4 points entre la France et la Suède en termes de rendement patrimonial annuel. Avec 27 % de parts des actions au lieu des 19 % comptabilisés actuellement par l’organisme, les gains auraient augmenté de 340 milliards d’euros au total sur vingt ans, déduction faite des prélèvements obligatoires.
L’institut rappelle en outre que l’allongement de la durée de détention permet de lisser les fluctuations boursières et de réduire le niveau de risque global.
Il ne s’agit pas de vider son fonds de roulement, mais de redéployer l’excédent qui stagne inutilement sur des comptes rémunérés en deçà de l’inflation.
Les clés pour dynamiser son épargne avec un risque maîtrisé
Les experts recommandent de conserver l’équivalent de trois à six mois de dépenses courantes sur des supports garantis comme le Livret A ou le LEP pour parer aux imprévus. Chaque projet personnel doit être associé à un calendrier précis, le principe étant d’exclure tout placement risqué si l’échéance se situe à moins de 24 mois.
Il est également conseillé d’automatiser des versements mensuels de faible montant afin de lisser les cours d’entrée et d’éviter les erreurs de date. Enfin, dans un objectif d’optimisation fiscale, l’assurance vie en gestion pilotée ou le plan d’épargne en actions (PEA) est préférable à l’acquisition de titres en direct. Il convient cependant d’anticiper l’impact des divers frais sur le rendement final.