Après un pic au printemps, le prix de l’or s’est replié. Les professionnels interrogés y voient surtout une phase de consolidation, liée aux taux d’intérêt et au comportement des investisseurs.
- Le prix est passé d’environ 150 000 euros le kilo au printemps à un peu plus de 115 000 euros aujourd’hui.
- Après +45% en 2024 et +35% en 2025, la baisse est présentée comme une consolidation, pas un retournement.
- Les anticipations de taux élevés (Fed) rendent les placements rémunérés plus attractifs que l’or, qui ne verse pas d’intérêt.
- Les acheteurs d’or physique agissent surtout pour le long terme ; les ventes sont souvent liées à des événements de vie.
- Les professionnels évoquent une allocation indicative de 5% (jusqu’à 5–8%) et une approche d’achat progressive.
Le mouvement est net : d’environ 150 000 euros le kilo au printemps, l’or s’affiche à un peu plus de 115 000 euros aujourd’hui. Cette baisse peut impressionner, mais elle s’inscrit dans une trajectoire plus longue marquée par une forte hausse les deux années précédentes.
Un repli à comparer avec deux années de hausse
« Il faut relativiser cette baisse, rappelle Laurent Schwartz, président du Comptoir National de l'Or. Le cours de l'or avait progressé de 45% en 2024 puis de 35% en 2025. Nous sommes aujourd'hui davantage dans une phase de consolidation que dans un retournement de tendance. » cité par MoneyVox
En clair, le repli actuel rogne une partie des gains récents sans, à ce stade, invalider la dynamique de fond. Pour un épargnant positionné depuis deux ans, la performance reste largement positive.
Ce qui pèse sur le cours en 2026 : taux et anticipations
Le métal jaune n’évolue pas seulement au rythme des tensions internationales. Les taux d’intérêt et les attentes de marché comptent aussi. Quand les investisseurs estiment que la Réserve fédérale américaine (Fed) pourrait laisser les taux élevés plus longtemps, les placements qui rémunèrent redeviennent plus compétitifs.
Or l’or, lui, ne distribue pas d’intérêt. « Quand l'argent est mieux rémunéré, l'or devient comparativement moins intéressant, puisqu'il ne produit pas de revenus », résume Laurent Schwartz.
Les tensions au Moyen-Orient ont, elles aussi, alimenté la volatilité : elles ont contribué à pousser l’or vers des niveaux élevés, puis les marchés ont pris des bénéfices, tandis que les attentes sur la politique monétaire reprenaient le dessus. D’après plusieurs analyses du World Gold Council, la correction s’explique davantage par ces éléments financiers que par un abandon du rôle de valeur refuge.
Peu de ventes contraintes : un marché porté par le long terme
Malgré le recul, il n’y a pas de vague de cessions. Les acheteurs d’or physique ne réagissent pas comme des investisseurs en actions. « Nos clients ne sont pas des spéculateurs. Ils achètent de l'or pour le long terme. Les ventes correspondent surtout à des moments de vie : une succession, un achat immobilier, des travaux... beaucoup plus qu'à une réaction au cours de l'or », explique Laurent Schwartz.
Chez Gold Service, le diagnostic est proche. « Le cours a baissé de 25% par rapport à son plus haut, mais il reste environ deux fois supérieur à celui d'il y a deux ans. Pour beaucoup d'investisseurs, cette baisse est davantage perçue comme une opportunité de revenir sur le marché que comme une raison de vendre », observe Yann Bouillonnec, directeur général de Gold Service. Selon lui, l’essentiel des arbitrages répond d’abord à des logiques patrimoniales, plus qu’aux variations quotidiennes.
Or : quelle place dans un patrimoine aujourd’hui ?
Les deux professionnels jugent l’or pertinent, à condition de l’envisager comme un outil de diversification, et non comme une quête de performance annuelle. L’objectif reste de protéger une partie de son patrimoine lorsque les marchés financiers traversent des périodes de fortes turbulences.
« L'or reste un outil de diversification de portefeuille. Nous recommandons généralement d'y consacrer autour de 5% du patrimoine financier, alors que les Français en détiennent encore beaucoup moins », souligne Laurent Schwartz. Yann Bouillonnec mentionne, lui, une fourchette de 5 à 8%, certains investisseurs historiques ayant dépassé ces niveaux du fait de la hausse enregistrée ces dernières années.
Investir en une fois ou progressivement ?
Pour limiter le risque de mauvais timing, les deux spécialistes privilégient des achats fractionnés, afin de lisser le prix d’entrée. En revanche, en présence d’une entrée d’argent, investir en une seule fois est présenté comme plus intéressant que de rester totalement à l’écart.
Or physique ou produits financiers ?
Enfin, pour le choix du support, ces professionnels favorisent les pièces et les lingotins. Leur argument : l’absence de dépendance à un intermédiaire financier et une utilisation plus cohérente avec une logique patrimoniale, « mais aussi parce qu'ils s'inscrivent davantage dans une logique de transmission patrimoniale. »
Un rappel, en filigrane : pour l’or, l’horizon se raisonne plus volontiers en décennies qu’en quelques mois.