En moyenne, les pensions des travailleurs indépendants restent inférieures à celles des salariés, avec des parcours souvent morcelés et une retraite complémentaire parfois faible. Relevé de carrière, PER, assurance vie, rémunération et nouvelles règles de cumul : les points à vérifier pour limiter les mauvaises surprises.
- Les pensions moyennes des indépendants s’établissent à 1 230 euros bruts (artisans/commerçants) et 2 570 euros bruts (libéraux), selon l’Insee.
- Commencer par contrôler le relevé Info-Retraite et, dès 45 ans, envisager un audit en cas de parcours multi-régimes.
- PER et assurance vie répondent à des objectifs différents : fiscalité différée et blocage côté PER, liquidité côté assurance vie.
- Dividendes, rachat de trimestres, prévoyance et statut (ex. SASU) influent directement sur les droits.
- Le cumul emploi-retraite est appelé à changer à partir de 2027, avec des restrictions avant 67 ans.
Carrières irrégulières, complémentaire parfois réduite, et dividendes sans cotisations : au moment de liquider leurs droits, les indépendants partent souvent avec un désavantage. D’après la dernière étude de l’Insee, artisans et commerçants touchent en moyenne 1 230 euros bruts mensuels. Les professions libérales affichent une moyenne plus élevée, à 2 570 euros bruts.
Ces niveaux restent en deçà de ceux des salariés du privé, dont la retraite est renforcée par l’Agirc-Arrco. Et les moyennes cachent des situations plus tendues : certains micro-entrepreneurs en profession libérale affiliés à la CIPAV ont, après la réforme de 2018, traversé plusieurs années sans cotisations complémentaires.
Autrement dit, même avec des revenus confortables et une activité soutenue, la pension finale peut décevoir. L’enjeu est donc d’identifier tôt les manques et de choisir les bons leviers.
Première étape : vérifier ce qui a (vraiment) été cotisé
Avant d’agir, il faut établir un diagnostic. « Téléchargez votre relevé de carrière sur Info-Retraite », conseille Sergio de la Rosa, expert retraite indépendant (cité par MoneyVox). Ce relevé récapitule trimestres, points et régimes. Les anomalies existent, et les corrections peuvent prendre du temps : il cite notamment le cas d’un client parti en retraite en novembre 2025 qui attend encore le versement, son dossier n’ayant pas été traité par la caisse.
À partir de 45 ans, il recommande aussi de consulter un expert retraite pour un audit complet : chiffrages, scénarios de fin de carrière, projections. Avec plusieurs statuts successifs, les simulateurs en ligne peuvent manquer de précision.
Un autre point de vigilance concerne l’assiette de cotisations. « En fonction de son chiffre d'affaires et de sa manière de se rémunérer, on peut très bien croire qu'on cotise alors que ce n'est pas vraiment le cas », alerte un expert du secteur. Exemple : un micro-entrepreneur libéral à 50 000 euros de chiffre d’affaires ne cotise en pratique que sur 25 000 euros après abattement, soit environ 2 500 euros de cotisation retraite par an, ce qui conduit à une pension limitée.
Épargne retraite : comment articuler PER et assurance vie ?
Deux enveloppes reviennent systématiquement : le Plan d’Épargne Retraite (PER) et l’assurance vie. « Ils sont complémentaires, il faut avoir les deux », estime un expert du secteur.
Note trustpilot :
- Accessible dès 500 € de versement initial
- 0€ de frais d'entrée / d'arbitrage
- La gestion pilotée Pilot
- Un fonds en euros de qualité
- Plus de 700 UC disponibles en gestion libre
Les unités de compte présentent un risque de perte en capital.
Pour les travailleurs non salariés (TNS) hors micro, le PER offre un cadre jugé plus favorable : il peut être alimenté depuis le compte de l’entreprise, avec un plafond pouvant aller jusqu'à 87 000 euros par an, contre 10% des revenus annuels à titre personnel. En contrepartie, il s’agit d’un mécanisme de report d’imposition : à la sortie, les versements initiaux réintègrent le revenu imposable et les plus-values sont taxées. Les fonds restent indisponibles jusqu’à la retraite, sauf cas prévus (dont l’achat de la résidence principale). Cet horizon long autorise en revanche une prise de risque potentiellement plus élevée sur les supports.
L’assurance vie répond à une logique plus souple : l’épargne reste mobilisable quand on le souhaite et, lors d’un retrait, seules les plus-values sont imposées, pas le capital versé. Elle peut convenir davantage à ceux qui anticipent un besoin de trésorerie d’ici 8 à 10 ans, ce qui plaide souvent pour des placements moins volatils.
Côté effort d’épargne, un spécialiste du secteur conseille entre 3 et 8% de ses revenus mensuels avant 40 ans, entre 5 et 12% au-delà. « Plus tôt on s'y prend, mieux c'est », abonde Sergio de la Rosa.
Rémunération, trimestres, statut : des choix qui pèsent sur la pension
La préparation ne passe pas uniquement par l’épargne. La façon de se payer compte aussi. Pour les assimilés salariés, privilégier les dividendes afin de réduire les charges peut donc diminuer les droits futurs : un salaire, même partiel, reste un levier de cotisation.
Autre outil : le rachat. Racheter des trimestres peut aussi faire une vraie différence. « Plus on rachète tôt, moins c'est cher », insiste Sergio de la Rosa. À 45 ans, le coût est généralement plus accessible qu’à 60 ans, avec des effets possibles sur le taux plein, l’âge de départ et le montant.
La prévoyance est également à surveiller : un arrêt maladie mal couvert peut créer un « trou » dans le relevé, avec un impact mécanique sur les droits.
Enfin, le statut juridique influe sur la protection sociale. Le président de SASU assimilé salarié bénéficie d'une bonne couverture, à condition de se verser un salaire.
À partir de 2027 : ce qui change pour le cumul emploi-retraite
Dernier point d’attention : les règles évoluent pour ceux qui liquident leur retraite tout en continuant à travailler. À partir de 2027, avant l’âge légal, chaque euro de revenu serait retranché de la pension, sans création de nouveaux droits. Entre l’âge légal et 67 ans, un plafond s’appliquerait, probablement à 7 000 euros par an (en attente du décret). Au-delà de ce plafond, la pension serait réduite de la moitié du dépassement. À partir de 67 ans, le cumul serait sans limite ; les cotisations permettraient même d’obtenir une seconde pension.
« En règle générale, il n'y aura plus vraiment d'intérêt à faire du cumul emploi-retraite », estime Sergio de la Rosa, tout en soulignant qu’un audit individualisé reste nécessaire pour trancher selon chaque situation.