jeudi17mars

Lundi 14 Mars, La Banque du Japon (BOJ) a injecté 12.000 milliards de yens (146 milliards de dollars) sur le marché pour tenter de rassurer les investisseurs après le séisme et le tsunami de vendredi. Cela représentait la plus forte injection de liquidités de son histoire. En temps de crise, les banques centrales ont la donc la possibilité de manipuler certains leviers pour essayer de garder l'économie d'un pays à flot. Quels sont ces leviers?

    Le marché interbancaire et l'injection de liquidités

    Le marché interbancaire est le marché sur lequel une banque commerciale va emprunter des fonds pour développer son activité, c'est-à-dire accorder un prêt ou réaliser d'autres investissements. Elle va alors emprunter sur le marché interbancaire à une autre banque qui elle a de l'argent à placer. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les banques commerciales n'ont pas besoin d'emprunter la totalité de l'argent qu'elles vont investir ou prêter à leurs clients. En effet, elles ont tout à fait le droit d'utiliser l'argent des dépôts de leurs clients pour placer ou prêter.

    De plus, lorsqu'un prêt est accordé, ce prêt atterrit dans un compte de dépôt qui sera soit conservé chez la banque, soit vidé mais qui ira dans ce cas alimenté les dépôts d'une autre banque. Ainsi, les banques sont en mesure de prêter ou investir bien plus que l'argent des prêts qu'elles contractent ou des dépôts qu'elles reçoivent. Mais pour éviter que la création monétaire ne s'emballe, et pour qu'une banque puisse faire face aux retraits de dépôts d'un certain nombre de ses clients, les banques centrales obligent les banques à détenir un certain pourcentage de leurs dépôts en réserve. Ainsi, lorsqu'une banque veut accorder un prêt ou réaliser un autre investissement, mais qu'elle n'a pas assez de réserves, elle doit emprunter sur le marché interbancaire, à une autre banque qui a trop de réserves, ou même à la banque centrale elle-même.

    La banque centrale a le contrôle du marché interbancaire et maitrise ainsi la quantité de liquidités en circulation sur le marché. Si elle n'accorde pas de prêts aux banques, celles-ci ne pourront augmenter leurs réserves qu'en empruntant à celles qui ont trop de réserves. L'ensemble des réserves stagnent, et ainsi la quantité de liquidité en circulation En pratique, les banques centrales accordent des prêts aux banques chaque semaine. Mais chaque semaine les banques doivent également rembourser une partie de leurs anciens prêts. Ainsi, l'augmentation ou la diminution de monnaies en circulation dépend de la différence entre les remboursements de prêt et les nouvelles injections. Pour réaliser ces injections, la Banque Centrale procède à des " appels d'offre " sur le marché interbancaire à un taux minimum (le taux directeur). Les banques répondent à cette offre en proposant des taux supérieurs au taux directeur, afin d'être certaines d'obtenir les liquidités dont elles ont besoin. Selon les demandes, la Banque Centrale détermine un niveau de taux auxquels les offres sont servies. Ainsi, une banque qui a proposé un taux trop bas pourrait ne pas être servie. Elle devra alors se tourner vers le marché interbancaire pour trouver les liquidités dont elle a besoin.

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    Taux d'intérêt et injection de liquidité

    Le rôle principal de la banque centrale est de maintenir la stabilité des prix et de favoriser la croissance du pays. Lorsque l'inflation ou la croissance est en danger, la Banque centrale peut faire varier son taux directeur afin de jouer la masse monétaire et théoriquement sur l'inflation et la croissance. Ainsi, une hausse du taux directeur incite les banques à augmenter leurs taux d'intérêt. En effet, puisqu'elles empruntent à un taux plus élevé, elles prêteront et placeront à un taux plus élevé, ou alors n'emprunteront pas à la banque centrale si elles ne peuvent pas obtenir une rémunération satisfaisante pour ces emprunts. Cela freine la croissance mais permet de diminuer l'inflation.

    L'injection massive de liquidités

    Outre une baisse des taux directeurs, les banques centrales peuvent aussi injecter massivement des liquidités. Les banques centrales font alors ce qu'on appelle " des appels d'offres rapides ", c'est-à-dire qu'elles accélèrent le rythme des appels d'offres, en rajoutant des opérations " hors calendrier ". Les opérations qui sont habituellement de rythme hebdomadaires sont alors effectuées quotidiennement. Cette technique d'appels d'offres rapides a été utilisée en 2007, suite à la crise des subprimes, par les banques centrales des Etats-Unis (la FED) et d'Europe (la BCE). Elles ont procédé à des injections massives de liquidités pour relancer le marché interbancaire, les banques ne voulant plus se prêter entre elles ou à des taux très élevés, par manque de confiance. En Europe, 155.85 milliards ont alors été injectés. Aux Etats-Unis, la Fed a injecté 330 milliards de dollars, soit un montant supérieur à l'injection du 11 septembre 2001.

    Généralement, la banque centrale utilise les deux leviers, en injectant massivement des liquidités dans le système, tout en diminuant son taux directeur. C'est ainsi que la FED a baissé son taux directeur qui est passé de 5,2% en septembre 2007 à 2% en avril 2008. Toutefois, les injections n'ont pas toujours l'effet escompté auprès des banques, et si les taux directeurs deviennent trop bas, l'effet de nouvelles injections sera largement diminué.

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    Le quantitative easing

    Lorsque les taux sont proches de zéro, comme aux Etats-Unis ou au Japon, cela signifie que les banques sont devenues trop frileuses et n'empruntent plus. Le crédit est bloqué. La banque centrale ne dispose plus des leviers du taux directeur et des appels d'offres pour accroitre la masse monétaire en circulation et pousser les banques à octroyer des prêts. Il reste alors la politique de création de monnaie ex nihilo que seule une banque centrale peut faire, c'est ce qu'on appelle en anglais le `quantitative easing' (QE), ou assouplissement quantitatif. Cette stratégie consiste pour une banque centrale, à racheter aux institutions financières des actifs qu'elles ont en portefeuille. En contrepartie, la banque centrale crédite, à partir de rien, les comptes qu'ont ces institutions financières à la banque centrale. Les banques commerciales ont ainsi un accroissement de liquidité qu'elles pourraient utiliser pour investir ou surtout octroyer des crédits.

    Quand elle fait de l'assouplissement quantitatif, une banque centrale rachète généralement des actifs de bonne qualité, et notamment des bons du Trésor. L'achat de bons du Trésor a en plus un effet favorable sur les taux longs. En effet, en achetant des bons à long et moyen terme, la banque centrale va contribuer à accroître leur valeur et donc à réduire leur rendement. Cela permet alors à l'Etat de se refinancer à des taux plus avantageux. Théoriquement, cela permettrait aussi aux entreprises et aux ménages d'emprunter moins cher. Le deuxième effet de l'accroissement de la valeur des bons du Trésor est d'orienter les investisseurs vers d'autres actifs comme les actions par effet de substitution.

    Si la bourse augmente, les particuliers sont plus riches et cet effet de richesse devrait pousser à la consommation. Aux Etats-Unis, la FED a déjà lancé deux programmes d'assouplissement quantitatif. Elle l'a fait une première fois, en 2008, en injectant près de 1400 milliards de dollars dans l'économie, puis une seconde fois en Novembre 2010. Mais si ces programmes ont eu un effet positif sur le cours des actions, l'effet sur le crédit et la croissance a été faible et ne s'est fait ressentir qu'à court terme.

    Le Japon s'est également servi du quantitative easing pour injecter ses liquidités le 14 Mars. Le Japon a en fait une expérience considérable en matière de QE. Il a effectué cette politique de 2005 à 2009. Le Gouverneur de la BCJ, Masaaki Shirakawa a reconnu que si la stratégie était assez effective pour stabiliser marchés financiers, elle avait peu d'impact pour lutter contre la stagnation japonaise tout simplement parce que les banques ne voulaient pas prêter et les entreprises ne désiraient pas emprunter. Ainsi, même s'ils semblent nécessaires dans les cas extrême comme après la faillite de Lehmann Brothers aux Etats-Unis, ou actuellement au Japon, les programmes de quantitative easing ont rarement l'effet escompté sur l'économie. Sur le long terme, elle pourrait en plus créer de l'inflation ainsi que des bulles spéculatives sur les actifs. Mais c'est malheureusement la seule arme des banques centrales lorsque les taux directeurs sont déjà nuls...

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