jeudi28juillet

Principaux détenteurs de dettes souveraines, les établissements bancaires ont dû se soumettre à différents tests pour rassurer sur leur solidité et dévoiler leur exposition aux dettes souveraines des pays européens périphériques. Aucune banque française n'apparait en réel danger, mais les chiffres n'ont pas rassuré pour autant

    Les stress tests ne rassurent pas

    Malgré les résultats critiqués d'un premier stress test opéré en 2010, les dirigeants européens se sont mis d'accord pour effectuer en juillet 2011 une nouvelle série de tests de résistance bancaire sous le contrôle de la nouvelle Autorité bancaire européenne (l'ABE) crée en Novembre 2011.

    Pour restaurer la crédibilité des tests, l'ABE a durci les conditions. Le test a été fondé sur des hypothèses plus pessimistes. Le scénario de crise prévoyait entre autre une baisse de 0,4 % du PIB de la zone euro pour 2011 et 0 % en 2012, un taux de chômage moyen supérieur à 10%, une chute de 15% des Bourses européennes, ou encore un plongeon de l'immobilier. De plus, une chute de la valeur des dettes souveraines (obligations d'Etat) a été simulée, avec des taux de décote pouvant aller jusqu'à 20 %. Il s'agissait de simuler une crise de l'ampleur de celle atteinte au plus fort de la crise grecque.

    L'ABE a surveillé en particulier le ratio " Tier 1 " ", qui mesure la partie jugée la plus solide des capitaux propres (capital social, réserve, intérêts minoritaires,...) rapportée au total des actifs ajustés du risque. Le minimum requis par la réglementation bancaire européenne (Bâle I) est de 4%, mais dans la pratique la plupart des banques visent au moins 7%. Pour les stress tests, il a été décidé qu'une banque avait réussi le test si elle atteignait après impact des scenarii défavorables et à l'issue des deux années 2010 et 2011, un ratio d'au moins 5%.

    Sur les 90 établissements testés, 8 ont échoué. Les recalés sont les banques espagnoles Catalunya Caixa, Caja de Ahorros de Mediterraneo, Banco Pastor, Unnim et Grupo Caja, les banques grecques EFG Eurobank et ATEBank, et la banque autrichienne Österreichische Volksbank

    En France, BNP Paribas, Société Générale, Groupe Crédit Agricole et Groupe BPCE étaient concernés par l'exercice. Les quatre banques françaises affichent un ratio Core Tier 1 agrégé de 7,5% dans le scénario le plus défavorable, soit un niveau très supérieur au seuil de 5% retenu dans le cadre du stress. Société Générale affiche le ratio le plus faible (6,6%), suivi par BPCE (6,8%), BNP Paribas (7,9%) et Crédit Agricole (8,5%). Pour les banques étrangères ayant des succursales en France, les résultats ont été également satisfaisants. En effet, Dexia (10.4%), HSBC (8.5%), et ING (8.7%) ont toutes les trois mieux réussi que les banques françaises.

    En revanche, les régulateurs ont refusé de tester l'hypothèse de défaillance d'un Etat souverain, estimant que cette hypothèse n'est pas plausible, ce qui a attiré une fois de plus les critiques des marchés financiers. JPMorgan a d'ailleurs réalisé sa propre étude avec des critères plus sévères que les stress test. Le niveau de réserves obligatoires a été fixé à 7 %, la possibilité du défaut de paiement d'un État a été prise en compte ainsi que l'impact négatif de la perte de valeur des bons du Trésor détenus par les établissements dont le ratio de fonds propres est faible. Dans ce scénario, près de 20 établissements échouaient au test et devaient lever plus de 80 milliards d'euros pour assurer leur solvabilité. À elles seules, les trois françaises BNP, Société Générale et Crédit Agricole pourraient avoir besoin de près de 20 milliards d'euros pour se recapitaliser.


    Une exposition différente aux risques souverains

    En marge des stress tests de Juillet 2011, l'ABE a demandé aux banques européennes plus de transparence dans leur bilan, en exigeant des informations concernant leur exposition aux dettes des Etats.

    BNP Paribas est la banque la plus exposée aux dettes souveraines des PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne) avec une exposition de 32 milliards d'euros, suivis du Crédit Agricole avec près de 12 milliards d'euros et la Société Générale avec une exposition aux dettes souveraines à hauteur de 9 milliards d'euros. Natixis (Groupe BPCE) est la banque la moins exposée avec " seulement " 5 milliards d'euros d'encours placé en dette souveraine des PIIGS.

    Concernant leur exposition à la dette souveraine grecque, si BNP Paribas est naturellement très exposée, avec 5 milliards d'euros (soit 16% de l'encours des dettes souveraines des PIIGS), Société Générale et Natixis ont également une forte exposition, (respectivement 30 et 22%). Crédit Agricole, par contre, n'est investi en Grèce qu'à hauteur de 6% de son encours en dette souveraine des PIIGS. Mais l'exposition globale du Crédit Agricole à la Grèce s'élève à près de 30 milliards d'euros si l'on tient compte des engagements commerciaux de Crédit Agricole CIB, sa filiale de banque de financement et d'investissement et surtout des engagements de sa filiale Emporiki, qui avait en portefeuille, à fin mars, 23 milliards d'euros de crédits aux particuliers et aux entreprises, et 3 milliards de créances sur d'autres banques. Mais cette exposition n'est pas directement liée au risque souverain grec.

    Les banques étrangères ayant des succursales en France ont également dû dévoiler leur exposition. Dexia est fortement exposé au PIIGS avec un encours de 22 milliards dont 16% en Grèce. ING est également exposé avec 12 milliards d'encours dont 11% en Grèce. HSBC possède 10 milliards de dettes des PIIGS, dont 11% en Grèce

    L'exposition des banques françaises et européennes à la dette italienne est bien plus élevée que leur exposition à la dette des autres PIIGS. En effet, l'exposition des quatre banques françaises à la dette publique italienne s'élèverait à près de 39 milliards d'euros.

    L'Italie représente 69 % de l'exposition de BNP Paribas aux dettes souveraines des PIIGS. Ce pourcentage s'élève 61% pour BPCE et monte à 86% pour le crédit Agricole. Dexia (70%), ING (60%), sont également fortement exposées, et dans une moindre mesure, Société Générale (36%) et HSBC (40%).

    Même si la Banque postale et le Crédit mutuel n'ont pas participé aux tests, on peut retrouver leur exposition dans leur rapport annuel de 2010. On y voit que la Banque Postale est exposée à 8.6 milliards d'euros aux PIIGS, dont 43% à l'Italie, et que le Crédit Mutuel a 7.2 milliards d'euros de dettes souveraines dans ces pays, dont 81% en Italie.





    Les plus grosses banques protégées ?

    Si certaines banques semblent bien plus exposées que d'autres, ces chiffres sont à mettre en perspectives par rapport à d'autres chiffres du bilan des banques.

    Par exemple, plus l'actif total d'une banque est important, plus elle peut se permettre d'avoir des 2 milliards d'euros investis en dettes souveraines des PIIGS. Ainsi les 32 milliards d'euros investis sur ces dettes par BNP Paribas ne représente que 1.6% de l'actif total du groupe, tandis que chez Dexia ou Banque Postale, ces encours représentent respectivement 3 et 5% de l'actif total.

    Mais l'importance de l'actif a un autre intérêt pour la solidité d'une banque. En effet, on peut penser que si une grande banque est en danger, l'Etat français viendrait à son secours comme le veut l'adage " too big to fail ". Par conséquent, plus la banque est importante, plus on peut s'attendre à ce qu'elle soit sauvée par l'Etat.

    Bien sûr, l'adage " too big to fail " a perdu beaucoup de crédibilité depuis la faillite de Lehmann Brothers. Une des raisons qui expliquent que le gouvernement américain ait laissé couler Lehmann tient à son statut de banque d'affaires qui ne recevait pas de dépôt de clients. Ainsi un des critères pour juger de l'importance d'une banque, plutôt que son actif, serait la taille des dépôts qu'elle détient au son passif.

    Enfin, le critère déterminant pour juger de la capacité d'une banque à faire face au risque sur son encours placé en dette souveraine est sans doute la taille de ses fonds propres. En effet, depuis les accords de Bale de 1988, les établissements bancaires sont obligés de conserver une limite de fonds propres par rapport à leur investissement. Cette limite est censée leur permettre d'absorber les pertes, par exemple sur les prêts non remboursés.

    Ainsi, les huit banques ayant échoué aux stress tests voyaient leur ratio de solvabilité Core Tier 1 devenir inférieur à 5%. Ces banques auraient un besoin total de 2,5 milliards d'euros de fonds propres supplémentaires.

    Enfin, il faut également prendre en compte, lors de son évaluation, le profil financier des établissements français, c'est-à-dire en plus de l'effet de taille, la diversité de leurs sources de revenus.


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