jeudi24mai

Feu vert pour l'introduction en Bourse de Formula One, l'organisateur de courses automobiles, qui gère les droits de la Formule 1. La Bourse de Singapour a donc enfin approuvé la si controversée entrée en piste de la structure gérant la Formule 1, pour une valorisation de 2,5 milliards de dollars (2 milliards d'euros).

    Le projet de Bernie Ecclestone, le grand argentier de la F1, et de CVC Capital Partners, le fonds propriétaire des deux tiers des actions de Formula One Management, vise à introduire au moins 20% du capital de la F1, d'après des informations de presse. Une tournée de promotion internationale devrait débuter dans la deuxième semaine de juin en vue d'une introduction à la Bourse de Singapour à la fin du même mois. Cette future entrée en Bourse a aussi ses détracteurs et non des moindres puisqu'il s'agit de six patrons des principales écuries de Formule 1. Dont Martin Whitmarsh de l'écurie Mc Laren qui s'est ouvertement prononcé en défaveur de ce projet, invoquant que cette entrée en Bourse ne serait pas " au bénéfice " du sport automobile.

    Bourse et sport, un couple qui n'est pas encore dans les moeurs des investisseurs, ni du public du général tant ils estiment que ce duo n'est pas compatible. Mais, par leur professionnalisation et leur médiatisation, les clubs sportifs sont été contraints non seulement de répondre à une logique de compétition sportive mais également de concurrence économique. Football en tête. Alors, face à un besoin croissant en capitaux propres pour financer leurs activités, les clubs de football ont dû s'aventurer sur les marchés financiers à l'image de Tottenham Hostpurs. En 1983, ce club anglais a été le premier à s'introduire en Bourse dans le but de lever les fonds nécessaires à la rénovation de son stade. Puis en 1991, Manchester United lui emboîta le pas en s'introduisant sur le London Stock Exchange. Le club mancunien a tiré bénéfice de sa cotation sur les marchés financiers pour allouer les fonds levés à des projets viables comme des investissements structurels (rénovation et agrandissement du stade, diversification des activités). Ces projets ont permis d'améliorer ses résultats commerciaux et financiers d'une part et par effet de boule de neige, ses résultats sportifs.

    D'autres équipes européennes ont suivi le mouvement à l'instar de l'Ajax d'Amsterdam, la Lazio de Rome ou le FC Copenhague. En 2006, la France autorise enfin l'appel à l'épargne publique des clubs de football. L'année suivante, en 2007, l'Olympique Lyonnais a été le premier club français à se lancer dans l'aventure boursière sur un marché réglementé. Un autre club, plus modeste, le FC Istres lui a emboîté le pas quelques mois plus tard, en s'introduisant sur le Marché Libre, avec un succès beaucoup plus...mitigé. C'est que le marché du football professionnel est très marqué par la singularité de son modèle économique. Sur le terrain boursier, le constat est identique. Paradoxalement, cette singularité n'a pas beaucoup attisé la curiosité. Pourquoi ce désintérêt ? En premier lieu, le marché boursier du football est caractérisé par une faible liquidité issue de sa taille quasi microscopique. Pour s'en rendre compte, il faut se pencher sur le Dow Jones Stoxx Football, l'indice représentatif du secteur du football sur les marchés financiers. Crée en 1992, il est composé majoritairement de clubs européens, allemands et italiens étant bien représentés dans cet indice. Le seul club français dans cet indice est l'Olympique Lyonnais. L'indice a changé de physionomie à diverses reprises suites aux divers retraits de la cote de certains clubs. En juillet 2007, Newcastle United a été retiré de la cote suite à l'OPA lancée par St James Holding. Puis en janvier 2009, c'est au tour du club de Sheffield United d'être supprimé. Quelques mois plus tard, Southampton fait les frais d'une faillite, entrainant son retrait de la cote. Pour finir (jusqu'à quand ?), en octobre de la même année, Birmingham City ne cote plus sur l'indice dédié au football suite à son acquisition par Grandtop International Holdings. Et les performances de l'indice phare du football, ne sont guères reluisantes : après être passé de 100 au moment de sa création à plus de 500 en 1997, il est aujourd'hui retombé à son niveau d'origine... Pas fameux, fameux...

    En outre, l'extrême illiquidité caractérise les actions des clubs de football. La raison d'un tel phénomène peut se trouver dans l'incertitude qui est attachée à la valeur fondamentale des clubs de football. Dans le cas d'un marché boursier " classique ", la valeur d'une société peut faire l'objet de corrections après avoir été jugée sous ou sur-évaluée par les différents intervenants d'un marché financier. Or, l'évolution des actions de clubs sportifs est dépendante de paramètres totalement aléatoires à l'instar des résultats sportifs ou des plus ou moins values réalisées dans un marché aussi irrationnel que le marché des transferts des joueurs de football. Dans ce cadre là, il est évident que les fondamentaux n'offrent aucune stabilité, ni aucune assurance. L'irrationalité prend ainsi une grande place dans la décision des investisseurs dans leur prise de position sur la valeur. Leurs décisions ne peuvent pas correspondre exactement à leur utilité puisqu'elles peuvent être prises dans une situation de peur, d'incertitude et de risque. A contrario, dans un excès de confiance, un investisseur sera enclin à prendre plus de risques qu'en temps " normal ".

    Pourtant, certains clubs parviennent à tirer leur épingle du jeu. C'est le cas de Parken Sports, la société qui possède le club et le stade du FC Copenhague, dont la valeur boursière a augmenté de près de 450% depuis 1997. Sa réussite se base sur une stratégie visant à déconnecter le plus possible les revenus du groupe des aléas du football, en investissant par exemple dans les loisirs de haut de gamme et dans le fitness. Mais d'autres clubs tentent d'aller dans cette direction à l'image de l'Olympique Lyonnais. Avec du recul, son destin boursier ressemble beaucoup à ses pairs anglais, ponctué de hausses et de baisses importantes suite à ses performances sur le terrain vert. Pourtant, cette nouvelle introduction avait eu les faveurs de nombreux analystes de la place de Paris. Ils avaient fondé beaucoup d'espoirs sur la valeur notamment au regard du projet OL. Louis Thannberger, conseiller de Jean-Michel Aulas pour l'introduction en bourse de club avait déclaré : " Son produit OL Land fait que le groupe ne dépend plus uniquement des résultats sportifs. Aujourd'hui vendue à 24 euros l'action en vaudra 48 dans deux ans!' ". Raté, l'action du club des Gones ne vaut plus que 2,99 euros soit près de 88 % évaporés en 5 années. Nous sommes très loin du compte des projections de M.Thannberger à l'aube de l'introduction du groupe en Bourse...Les performances sportives du club lyonnais n'ont en effet guère séduit ces dernières années. A l'issue la saison de championnat de Ligue 1 2008/2009, le club lyonnais a terminé 3ème. L'OL mettait ainsi fin mettant fin à 6 années de suprématie sur le football français. Et cette année rebelote, le club termine 4eme, une place qui lui coute cher, car synonyme de non-qualification pour la très lucrative Ligue des Champions...

    Toujours en France, mais un sport différent : le rugby. Seul club de rugby au monde à être coté en Bourse, le Stade Phocéen est à un fil de la faillite. L'ex-Marseille Vitrolles, n'a pas la cote alors qu'il est en proie à de gros problèmes financiers. Et pourtant, lors de son entrée en Bourse en janvier 2010, le club affichait clairement son ambition d'entrer dans le monde professionnel. Le but de l'opération était de dégager des fonds pour permettre la diversification de la société et de ne pas la rendre dépendante de ses seuls résultats sportifs. Le pari est raté, le passif et le passé financier du club aura eu raison du succès des projets de diversification du club méditerranéen.

    Au final, à part le FC Copenhague qui est propriétaire de son stade, le destin boursier des autres clubs relève plus du massacre que d'un parcours de santé. Une chose est sûre, aléa des résultats sportifs et bourse ne font pas bon ménage. Si les investisseurs montrent toujours leur défiance envers les clubs de football cotés en Bourse, c'est que leurs résultats sportifs, de nature aléatoire, pèsent grandement sur leurs activités économiques et financières..." La glorieuse incertitude du sport ", chère au Baron Pierre de Coubertin a donc encore de beaux jours devant elle....

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