La CLCV et le gouvernement français s’engagent dans un bras de fer éprouvant

Confrontation entre gouvernement et clcv

Dans le but de réorienter l’épargne vers le financement de l’économie réelle, le gouvernement promeut d’autres produits au détriment des placements liquides dont les Français sont friands, tels que le livret A. Le taux de ce dernier ayant été gelé à son niveau le plus bas, que la CLCV (Consommation Logement Cadre de vie) qualifie de préjudiciables pour la trésorerie des ménages.

Fixé à 0,75% jusqu’en 2020 après avoir subi une continuelle régression, le rendement du livret préféré des Français n’arrive plus à protéger le pouvoir d’achat des détenteurs contre la remontée des prix à la consommation. Après ces deux années de gel, une nouvelle version de la formule servant à calculer sa rémunération réduira davantage celle-ci.

Ce qui suscite l’inquiétude de l’association Consommation Logement Cadre de vie, qui ne se lasse pas de revendiquer auprès de l’État la révision de la situation. Mais les préoccupations du gouvernement sont ailleurs. Il se trouve, en effet, que cette décision est bénéfique pour certains secteurs, notamment l’immobilier. Les deux entités s’engagent alors dans un bras de fer, dont la finalité est pourtant la même : le bien-être des ménages.

Une rémunération qui est destinée à baisser

55 millions, c’est le nombre de livret A ouverts en France par des particuliers en 2017. Une preuve irréfutable de l’intérêt que portent les Français pour ce produit d’épargne. Un signe aussi de l’appétence des ménages pour le placement sécurisé, liquide et défiscalisé quoique ceux-ci risquent d’être malmenés par les mesures gouvernementales qui impactent grandement sur le rendement de leur fonds.

L’exécutif a, en effet, décidé de geler son taux à 0,75%, pour deux ans. Certes, cette faible rémunération n’est pas une grande première pour ce livret en deux siècles d’existence, mais cette fois-ci la situation se complique, car l’inflation s’élève à 1,9% (d’après les estimations réalisées en novembre dernier).

Ce qui revient au final à un rendement réel négatif de 1,15%. Encore faudra-t-il s’attendre à des intérêts plus bas (à 0,5%) à partir de 2020 suite à l’entrée en vigueur d’un nouveau mode de calcul.

En début janvier, la CLCV est sortie de son silence pour déplorer les préjudices subis par les épargnants et revendiquer la révision de certaines décisions de l’État. À son délégué général, François Carlier, d’exprimer :

« Il faudrait au moins garantir un taux de rémunération aussi élevé que l'inflation. C'est sûr que pour les professionnels, ce n'est pas facile de garantir le rendement au niveau de l'inflation, mais on appelle les banques à respecter cette forme de contrat social ».

François Carlier

Une doléance à laquelle la FBF (Fédération bancaire française) temporise dans ces propos :

« On ne peut que souhaiter que la réforme (...), qui doit permettre davantage de prévisibilité du taux de ce produit phare, soit mise en place comme prévu, et que l'on évite une nouvelle instabilité règlementaire ».

Le gouvernement fait du logement social sa priorité

Les autorités publiques ne sont pas près de changer d’avis, concernant le livret A, étant donné que des conséquences positives pourraient aussi découler des mesures qu’elles ont prises. Interviewée par le quotidien Les Échos, la secrétaire d'État rattachée à Bercy, Agnès Pannier-Runacher, a fait valoir que :

« Ce serait très pénalisant de revenir sur ce cadre. Les taux de prêts sont particulièrement avantageux aujourd'hui [les taux de rémunération de l'épargne] sont l'autre face de la même pièce ».

Agnès Pannier-Runacher

Toujours est-il que le dirigeant du Cercle de l’Épargne, Philippe Crevel, n’est pas du même avis. Selon lui :

« Aujourd'hui il n'y a pas de problème de financement du logement social, sachant que l'encours du Livret A a beaucoup progressé sur les dernières années ».

Philippe Crevel

Il faut savoir que les collectes servent à financer la construction des logements sociaux. À cet effet, un relèvement de taux revient à pénaliser ce projet et vice versa. Par ailleurs, cette décision a été prise en contrepartie de l’incitation du gouvernement à réduire les loyers suite à la restriction des APL (aides personnelles au logement).

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