Le niveau d’épargne en nette progression des Français détonne avec le contexte de taux bas

Nette progression de l'épargne

Le contexte des taux à niveau plancher n’a pas empêché les ménages français, de fervents épargnants de nature, de placer davantage d’argent sur leur support d’épargne. Et la conjoncture est propice aux placements liquides et sécurisés. Ce qui a contribué au renforcement de l’approvisionnement des contrats d’assurance-vie et des livrets réglementés, d’après le bilan des quatre premiers mois de 2019.

Les mesures gouvernementales instaurées en début d’année afin d’améliorer la capacité d’achat de la population ainsi que l’assagissement de l’inflation auraient dû motiver les Français à consommer davantage. Ce n’est pourtant pas le cas. Au contraire, les ménages ont été, depuis janvier, plus fourmis que cigales. Un comportement qui s’explique par le sentiment d’inquiétude découlant des incertitudes économiques actuelles.

Et cette affluence de l’épargne financière profite plus à l’assurance-vie et au livret A, du moins c’est ce qu’a dévoilé le directeur du Cercle de l’épargne, Philippe Crevel à l’issue d’une des études réalisées par le cabinet. A priori, les avantages fiscaux et la garantie du capital qu’offrent ces produits compensent leur faible rentabilité.

Des motivations sur tous les plans

Le taux d’épargne des Français n’a jamais été aussi élevé que cette année. Pour être précis, cet engouement a débuté vers la fin de 2018, comme l’a observé Philippe Crevel, se trouvant à la tête cabinet d'études sur l'épargne et sa réglementation, le Cercle de l'épargne. Une constatation qui a été récemment communiquée par AFP. À laquelle s’ajoute celle du responsable des études et prospectives chez BPCE, Alain Tourdjman, qui a déclaré :

On se dirige vers un niveau de placement et d'épargne supérieur en 2019 à ce qu'il était en 2018.

Alain Tourdjman

Un phénomène qui semble être quelque peu paradoxal étant donné que l’heure est actuellement aux taux bas, une mesure instaurée par la BCE en vue de rehausser l’économie européenne. En effet, les épargnants ont au contraire augmenté leurs efforts afin que le volume de leurs économies arrive à combler le manque laissé par la faible rémunération de leur placement. À Alain Tourdjman d’expliquer :

Ce qui n'a pas été réalisé par le prix, on essaie de le réaliser par le volume.

Alain Tourdjman

D’autant plus que de nombreuses circonstances y ont participé, ne serait-ce que d’énumérer la modération de la hausse des prix à la consommation ainsi que les mesures entreprises par le gouvernement pour apaiser les revendications populaires survenues au dernier trimestre de 2018, notamment :

  • Le gel des frais bancaires ;
  • L’allègement des sanctions pour les contractants à situation précaire, en cas d'incidents financiers ;
  • L’exonération des heures supplémentaires pour les salariés ;
  • L’octroi de primes exceptionnelles ;
  • Les avances sur les remises fiscales.

L’on peut également attribuer cette affluence aux inquiétudes des ménages quant à l’évolution de la croissance économique. Ce qui les a rendus plus préventifs par rapport à leur avenir financier, et ce, en dépit de l’éventuel accroissement de leurs revenus ou de la consolidation du marché de l’emploi.

La sécurité et la disponibilité des fonds, deux critères-clés

Il n’est plus à redire que la majorité des Français épargne par précaution. La sécurité et la liquidité du placement priment de ce fait pour eux si bien que les placements à moindre risque sont très plébiscités. Sauf que le livret A et l’assurance-vie se démarquent du lot. Une tendance que Philippe Crevel a tenu à expliquer en ces termes :

Le Livret A et l'assurance-vie en sont les principaux bénéficiaires […] tout à la fois de l'augmentation du pouvoir d'achat en ce début d'année et du refus des ménages à s'engager dans des dépenses importantes.

Philippe Crevel

Il va de soi que ces deux produits n’attirent pas par leurs rémunérations puisque celles-ci se trouvent actuellement à un niveau historiquement bas. Pour le livret réglementé, par exemple, son taux d’intérêt à 0,75% n’a pas été révisé depuis août 2015 et sans aucun espoir de révision pour cette année. Quant aux contrats vie, leur rendement moyen est quasi nul une fois l’inflation et les diverses taxations considérées. Selon un expert en courtage d’assurances, Mayeul de Roquemaurel :

Ces produits ont toujours attiré les Français, qui apprécient la recette alliant la garantie des fonds et les avantages fiscaux appliqués à ces placements.

Mayeul de Roquemaurel

Pas étonnant que leurs résultats ont été fortement prometteurs depuis le début de l’année. En effet, durant la période janvier-avril 2019, quelque 10 milliards d’euros ont été placés sur le livret A si la collecte nette de l’assurance-vie a dépassé les 11 milliards, soit près de deux milliards de plus en comparaison aux performances de 2018.

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