mercredi26août
L'irruption fracassante des difficultés de la Chine constitue l'évènement de la rentrée financière 2015. Jusqu'à l'été, le monde économique focalisé sur la négociation avec la Grèce  n'a porté qu'une attention plutôt distante aux informations en provenance du pays : le ralentissement visible de l'expansion laissait la place à un rythme encore enviable, et les variations erratiques de la bourse –une envolée de 120% en quelques mois, suivie d'une correction brutale- relevaient des soubresauts caractéristiques d'un marché peu mature. Mais en quelques semaines, le regard porté sur l'Empire du Milieu a fondamentalement changé et son évolution est ressentie comme le facteur potentiel n° 1 de déstabilisation d'une économie mondiale jugée fragile.


Spectaculaire par son ampleur, le krach observé à Shangaï n'en a pas moins une portée réduite. La bourse avait plus que doublé en sept mois, dans une bulle déconnectée de la valeur réelle des entreprises et gonflée par une pratique hautement contestable de prêts bancaires pour achat de titres. Une première rectification de 30% en un mois a eu lieu au début de l'été, mettant en difficulté nombre d'intervenants à crédit ; aussi, après quelques semaines d'accalmie la baisse a-t-elle repris d'autant que les tentatives de régulation par des autorités monétaires qui n'ont pas des marchés une expérience séculaire ont été jugées maladroites. En quelques séances, l'indice a perdu 25% supplémentaires, et n'apparaît certainement pas stabilisé.


Mais qui est investi sur les bourses chinoises, dont la capitalisation en regard du PIB est beaucoup plus basse que dans le monde dit industrialisé ? La détention du marché par les investisseurs étrangers  ne dépasse pas quelques pourcents ; de chiffres un peu confus, il ressort que probablement moins de 5% des Chinois possèdent des actions en direct. Le dommage en termes macro-financiers est limité et ce n'est pas de cette déroute locale que peut naître un krach boursier planétaire.


Plus préoccupante est la confirmation d'une baisse de régime de l'activité par l'élargissement de la fourchette de fluctuation du yuan (une dévaluation rampante qui ne dit pas son nom), venant après des mois de statistiques médiocres de production et d'exportations. Les autorités communiquent sur une expansion proche de 7%, mais la vérité est certainement bien en-deçà et cette prise de conscience tardive accroît le malaise ; la récession larvée de l'industrie depuis la fin 2014 s'est aggravée récemment et, compte tenu du poids de ce secteur (plus de 40% du PIB si l'on ajoute la construction, elle-même en contraction), on ne voit pas comment un tel chiffre peut être atteint.


La deuxième économie du monde (13,5 % du PIB) ralentit donc fortement, et cette évolution avive les inquiétudes dues à des déséquilibres connus de longue date mais oblitérés par la vive expansion antérieure : allocation arbitraire des ressources dans une économie qui reste largement administrée, excès d'investissement notamment dans la construction de bureaux ou de centres commerciaux, par voie de conséquence lourdes créances douteuses des banques d'état, endettement exponentiel, dégradation environnementale, enfin explosion des inégalités génératrice de tensions sociales entre des campagnes encore arriérées et une frange urbaine largement mondialisée. Rien de tout cela, toutefois, n'est très nouveau, mais le freinage actuel en accentue la perception. L'évolution est au demeurant inévitable : avec un PIB par tête proche de 8000 $, la Chine ne peut continuer à se développer selon le modèle d'exportateur low-cost de la planète. Avec lucidité, les autorités du pays ont entrepris de l'orienter vers une structure de dépenses plus conforme à son niveau de richesse : les salaires augmentent vite, la demande interne demeure soutenue. Les conséquences en seront un moindre niveau d'épargne, une diminution de l'excédent extérieur, une sollicitation plus faible des ressources qui transparaît déjà dans la faiblesse de la demande de matières premières. Comme toute mutation, celle-ci entraîne des remous, mais les réserves et capacités d'absorption des chocs de l'économie semblent très suffisantes pour éviter une récession, a fortiori une déstabilisation du système économique mondial.


Les remous en question n'affectent guère le monde industrialisé, où les indicateurs sont toujours correctement orientés, à un rythme modéré. Ils perturbent davantage les pays émergents, souvent producteurs de matières premières qui voient leurs recettes baisser, et singulièrement les pays asiatiques, exposés à la Chine et en concurrence frontale avec elle ; par analogie, même les autres émergents moins concernés sont sous pression et partagent le recul des bourses et des devises. Néanmoins, le pronostic n'est pas déraisonnable selon lequel l'activité convenable des nations les plus riches représentant près de 60% du PIB mondial absorbera l'effet du moindre dynamisme d'une économie jusque-là locomotive de la croissance. Elle en sera aidée par le contre-choc pétrolier en cours qui, comme précédemment, exerce à court terme un effet récessif (baisse immédiate des revenus et dépenses des producteurs) avant de diffuser à moyen terme ses bénéfices sur la demande globale.


En dépit du récent bouleversement des marchés, les préconisations de placements ne sont que peu modifiées. A très court terme, il vaut mieux limiter les arbitrages, en attendant une décrue de l'extrême volatilité de l'instant. Fondamentalement, les obligations ne présentent toujours pas d'attrait : les emprunts corporate ont reculé, particulièrement ceux à haut rendement, les souverains ne parviennent à regagner un peu de terrain qu'au gré des phases d'inquiétude. La bourse américaine ressort encore très chère, mais la glissade du dollar ces dernières semaines milite en faveur d'une exposition sélective aux valeurs libellées dans la devise, ou qui y sont exposées, en vue de sa remontée prévisible. L'agitation chinoise, qui a donné la fièvre à beaucoup de places et de devises émergentes, incite à ne pas intervenir pour le moment sur cette catégorie d'actifs malgré une valorisation souvent assez modeste ; des opportunités plus claires apparaîtront ultérieurement. Pour la même raison, on restera à l'écart des matières premières pourtant dépréciées, y compris les métaux précieux. La place japonaise a reconstitué un certain potentiel, mais sa proximité avec la Chine brouille un peu l'avenir proche.


En fin de compte, ce sont bien les actions européennes, en dépit d'une sensibilité aux nouvelles négatives qui apporte chroniquement des motifs d'anxiété, qui présentent les perspectives les plus favorables. Les résultats des entreprises au premier semestre ont légèrement dépassé des prévisions pourtant revues en hausse depuis le début d'année. Avec une activité en progrès que confirment régulièrement les indicateurs conjoncturels et les bienfaits progressifs du recul des coûts de l'énergie, la voie est ouverte pour une poursuite de ce mouvement.


Les analyses et commentaires figurant dans cette lettre reflètent le sentiment de Christian CHARDIN, économiste de mes-placements.fr, sur les marchés et leur évolution, compte tenu de son expertise, des analyses économiques et des informations possédées à ce jour. Ils ne sauraient toutefois constituer un quelconque engagement ou garantie de son auteur ou de mes-placements.fr/Finance Sélection. Les investisseurs demeurent entièrement maîtres et responsables de leurs choix d'investissement et de l'adéquation de ceux-ci avec leur situation patrimoniale et personnelle. Ils reconnaissent assumer et supporter l'intégralité des risques financiers liés à leurs investissements. L'investissement en SICAV/FCP ne comporte aucune garantie, ni de rémunération ni de capital.

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