mardi22septembre
Elle était attendue avec impatience par des marchés financiers sous influence depuis de longs mois et savamment maintenus en haleine. La réunion le 18 septembre des gouverneurs de la Fed, banque centrale des Etats-Unis, émettrice du dollar et à ce titre arbitre de la politique monétaire mondiale, a débouché une fois de plus sur un statu quo ; l'accès à l'emprunt dans la première devise du monde reste donc éminemment aisé depuis maintenant presque sept ans, un record historique de durée, et la perspective de son durcissement est une nouvelle fois repoussée. Il est permis de se demander si, à force de ne rien décider, la Réserve fédérale ne va pas entacher sa crédibilité restée, en dépit de toutes les perturbations, au zénith depuis les années Greenspan.


Certes, laisser la politique monétaire inchangée est en soi un acte de gestion, et ne pas bouger les taux d'intérêt alors que nombre d'observateurs, non majoritaires cependant, s'y attendaient représente une décision dont la Fed a fourni une justification abondante, mais un peu laborieuse. On en retiendra en résumé que le Conseil des gouverneurs se préoccupait suffisamment de la situation économique internationale pour surseoir à la mise en oeuvre de la politique qui conviendrait à l'Amérique. Cette attention inhabituelle, dans l'importance qui lui est accordée au moins, n'est pas entièrement convaincante, et masque peut-être d'autres intentions.


L'expansion aux Etats-Unis rentre dans sa septième année et s'effectue à un rythme proche de 3%, probablement supérieur au potentiel de l'économie. Elle s'est accompagnée d'un gonflement sans précédent des marges bénéficiaires des entreprises. La balance commerciale reste sensiblement déficitaire, signe d'une demande intérieure dynamique. Le plein emploi semble atteint ; certes, des économistes contestent cette lecture, faisant valoir que la crise de 2008 a éloigné de l'emploi des catégories qui n'ont pas tenté d'y revenir, et que le nombre réel de chômeurs est plus élevé si l'on réintègre ces populations ; mais compte tenu de l'offre effective de travail, le taux de chômage de 5,1% exprime, dans le système américain, une saturation de l'emploi. De ce fait, quelques tensions salariales, à ce stade encore mineures et localisées, se développent. Surtout, l'immobilier dont la chute avait été l'un des déclencheurs de la crise financière, est nettement reparti à la hausse tant dans sa composante physique –permis de construire et mises en chantier- que du point de vue des prix.


Jamais la Réserve fédérale n'a attendu d'être aussi avancée dans un cycle pour resserrer sa politique monétaire, il s'en faut même de beaucoup. La violence toute particulière du choc post-Lehman Brothers et les incertitudes durables qui en sont découlées peuvent justifier une période d'observation plus longue qu'à l'habitude avant d'envisager ce resserrement. Toutefois, on atteint désormais un délai anormal, d'autant qu'une politique de taux zéro est déjà en soi une anomalie, et on peut se poser la question de savoir si un relèvement des taux trop longtemps repoussé ne viendrait pas en conflit avec un ralentissement spontané de l'économie, précipitant alors celui-ci. La Fed met deux phénomènes intérieurs en avant pour justifier le maintien de sa politique accommodante : la modicité de l'inflation, de fait bien en-deçà de son taux admissible de long terme autour de 2,5%, et la relative timidité de l'investissement des entreprises. Elle sait bien néanmoins que la hausse des prix est retenue par des facteurs exogènes et universels (effondrement des prix des matières premières et recul des monnaies en regard du dollar en particulier) et que la faiblesse de l'investissement s'explique en partie par l'effet d'aubaine de l'argent bon marché, qui pousse les entreprises à racheter massivement leurs actions : leur rentabilité interne est bien supérieure au coût du crédit, et moins aléatoire qu'un investissement en machines ou services immatériels.


On aura noté également la mention d'un environnement international incertain, sur fond d'interrogation sur la santé réelle de l'économie chinoise, comme motif additionnel à l'absence de mouvement. Il est rare, pour ne pas dire novateur, que la situation externe exerce une primauté sur les considérations domestiques dans la conduite de la politique monétaire. Ce disant, la Fed sème le doute, et prête le flanc à une critique : a) le doute, c'est que son diagnostic sur l'économie dont elle a la charge apparaît mal assuré ; après six ans de reprise, les autorités monétaires ne savent toujours pas si la croissance peut se passer des béquilles que constitue l'argent (presque) gratuit. Ceci nourrit évidemment la suspicion sur la solidité réelle de l'expansion, d'où la tendance au rétrogradage de Wall Street depuis quelques mois, et b) la critique, c'est une complaisance excessive envers les marchés. La financiarisation de l'économie atteint des sommets aux Etats-Unis. La Fed est par conséquent à l'écoute attentive de l'opinion des investisseurs en capital, lesquels fustigent par construction, et le font savoir, les périodes de resserrement monétaire. Elle s'efforce à longueur d'année, par une rhétorique habile, de rendre sa politique la plus prévisible possible; cette fois-ci, après bientôt un an à préparer les marchés à une hausse progressive du coût de l'argent, son absence persistante de mouvement commence à faire figure d'irrésolution, et risque de renforcer les reproches récurrents de collusion entre les autorités monétaires et les grandes banques de Wall Street.


On imagine mal, à vrai dire, qu'une hausse du coût du crédit de 0,25% puisse être de nature à faire dérailler une économie américaine en rythme de croisière ; on peut s'interroger sur les mouvements de capitaux internationaux que ne manquerait pas de provoquer le retour d'une rémunération, même minime, à court terme sur le dollar. En la matière comme en d'autres, c'est le premier pas qui coûte. Initier le relèvement des taux peut susciter des attentes et des comportements non souhaitables, et la manoeuvre devra s'accompagner du discours adéquat marqué au coin du  pragmatisme. Pour la première fois depuis longtemps, la Fed vient de décevoir les marchés : elle espérait prolonger une attente bienveillante, elle déclenche des turbulences boursières. Gageons qu'elle aura à coeur, lors d'une très prochaine occasion, de montrer une conviction plus affirmée, et ainsi de restaure une crédibilité qui vient d'être égratignée.


Les analyses et commentaires figurant dans cette lettre reflètent le sentiment de Christian CHARDIN, économiste de mes-placements.fr, sur les marchés et leur évolution, compte tenu de son expertise, des analyses économiques et des informations possédées à ce jour. Ils ne sauraient toutefois constituer un quelconque engagement ou garantie de son auteur ou de mes-placements.fr/Finance Sélection. Les investisseurs demeurent entièrement maîtres et responsables de leurs choix d'investissement et de l'adéquation de ceux-ci avec leur situation patrimoniale et personnelle. Ils reconnaissent assumer et supporter l'intégralité des risques financiers liés à leurs investissements. L'investissement en SICAV/FCP ne comporte aucune garantie, ni de rémunération ni de capital.

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