mercredi27janvier

Sans guère prévenir, en dépit d'une fin 2015 un peu lourde, les marchés financiers ont violemment décroché depuis le début de l'année. En quelques courtes semaines, la chute de nombreux indices d'actions a largement dépassé 10%, faisant de cette entame calendaire la plus mauvaise depuis des décennies, si l'on excepte l'atypique année 2008. Si les reculs des bourses fait la une, c'est une large majorité des actifs cotés qui se trouvent dans l'oeil du cyclone : pétrole, matières premières, obligations d'entreprise, marché du crédit s'affaissent de concert, dans une spirale qu'entretient le désarroi croissant des investisseurs. La crise des marchés menace aujourd'hui la santé économique, bien davantage que l'inverse. Le rôle des marchés et leur capacité à évaluer correctement les situations se trouvent désormais en question.

 

Il serait hasardeux de lancer un pronostic sur l’évolution prochaine des places. Sommes-nous, comme un nombre croissant d’observateurs* le pressentent, dans les premières séances d’un krach d’envergure, ou bien seulement dans une de ces phases malheureusement de plus en plus fréquentes où les intervenants soudain privés de repères cèdent à une brève panique, avant que des informations plus positives les ramènent à davantage de rationalité ? Notons avec l’analyse graphique, souvent utile dans des marchés très perturbés, que les bourses qui semblaient parties pour un plongeon sans frein viennent de connaître un léger rebond à proximité d’un support majeur. La situation demeure toutefois fragile, et cette évolution de quelques séances peut aussi bien être une simple rémission dans la chute que le début d’un certain rattrapage. On trouve néanmoins un peu plus d’arguments concrets en faveur de la deuxième hypothèse, qui assimilerait alors le creux du moment à une sorte de réplique de celui observé en août dernier.

Les craintes des baissiers s’alimentent essentiellement à deux sources, qui sont la situation chinoise et le marché du pétrole, avec comme affluents le ralentissement de la croissance mondiale, la baisse des cours des matières premières en général, les déséquilibres que celle-ci crée dans les pays émergents et enfin des inquiétudes diffuses et parfois contradictoires sur l’excès de création monétaire, le risque de déflation et l’ampleur de la dette, sans parler du contexte géopolitique. Chacun de ces éléments représente une menace potentielle, mais à s’en tenir aux faits on peine un peu à déterminer en quoi ils sont sur le point de précipiter le monde financier dans une nouvelle tourmente. La focalisation du moment sur les deux premiers points mérite que l’on s’y arrête :

  • Le ralentissement conjoncturel chinois s’est poursuivi jusque récemment, mais demeure ordonné. Nous ne revenons pas sur les éléments observés dans notre chronique d’août dernier (« l'An pire du milieu ») sinon pour constater -sur une durée d’observation un peu courte, reconnaissons-le- ce qui ressemble à une stabilisation en dernier lieu. Le fort recul des échanges chinois a largement participé à l’atonie du commerce international, situation inédite en période de croissance et donc sujette à interrogation. Pour autant, le pays garde d’importantes capacités d’intervention, ne serait-ce que grâce à ses $ 3500 milliards de réserves de change, avec une mise en œuvre rapide du fait de l’extrême centralisation des décisions, et les utilise au travers de diverses mesures prises récemment. Sans doute les méthodes des autorités bousculent-elles les concepts des traders anglo-saxons, il n’empêche que le pays est géré, dans le sens d’une meilleure allocation des ressources à terme. Quant au krach boursier local, sans grande conséquence internationale, il ne fait qu’effacer l’envolée hystérique de l’an passé ; encore 15% de baisse, et l’on retrouvera des niveaux d’intervention intéressants.
  • La baisse du prix du pétrole, de cadeau du ciel il y a un an, serait devenue aujourd’hui une malédiction au point d’indexer les bourses sur son parcours. Ce point de vue très répandu ne laisse pas d’étonner. On ne mésestime pas ici l’effet récessif qu’il exerce chez les producteurs, ni les répercussions négatives sur leur contribution à la demande mondiale. Mais nous l’avons déjà rappelé : dans tous les contre-chocs pétroliers, le freinage initial des recettes des producteurs laisse ensuite la place à l’expansion des dépenses des consommateurs. Les seconds sont, dans le monde, bien plus nombreux que les premiers, et ils se trouvent pour beaucoup dans les pays les plus riches, donc les plus aptes à la dépense. Les marchés sont obnubilés par les difficultés (réelles) des producteurs de pétrole de schiste américains et de quelques grandes nations (Russie, Brésil notamment) et ne prêtent pas une attention suffisante au gain considérable de pouvoir d’achat généré par l’énergie bon marché chez les utilisateurs.

 

Les autres éléments évoqués sont tous des sujets de préoccupation. Oui, la dette a continué de monter au niveau mondial, mais c’est le corollaire de la politique d’argent gratuit tant désiré par les marchés ; bien entendu, une remontée des taux d’intérêt aurait des effets très dommageables, mais doit-on tant s’inquiéter d’une perspective de fin d’année sans doute pas supérieure à 1% sur le dollar, et alors que le taux réclamé aux grands emprunteurs souverains comme privés reste remarquablement contrôlé ? Certes, la croissance du monde manque de dynamisme, mais avec 3,2% prédit par un FMI au discours peu enthousiaste, n’est pas au bord de la récession. Bien sûr, la chute des cours des produits bruts pèse sur les producteurs émergents et fragilise leur capacité à servir leur dette, mais il s’ensuit un transfert de richesse, peut-être moralement condamnable mais qui ne se traduit pas par une perte économique. La déflation menacerait ? Les baisses de salaires restent rares, et peu durables ; en-dehors des produits aux cours volatils, l’inflation fondamentale est partout faible, mais le recul des prix est l’exception et d’une ampleur anecdotique.

On peut évidemment extrapoler toutes ces tendances dans un sens négatif, et c’est ce que les marchés ont fait lors des trois premières semaines de l’année, dans une sorte de krach préventif : comme les choses pourraient se dégrader, vendons avant que l’évènement ne survienne ! La chute qui en est résultée, à laquelle les investisseurs finaux n’ont que peu participé, a été amplifiée par le tropisme spéculatif hautement regrettable que l’on se doit de constater sur les marchés de plus en plus dans des mains à l’action perturbatrice : l’inflation des fonds dérégulés, le poids extravagant pris par le trading haute fréquence, le peu de limites à la vente à découvert, les stratégies complexes à base de produits dérivés et fort effet de levier sont autant d’éléments largement responsables de l’imprévisibilité et de la volatilité des marchés, préjudiciables au bon financement de l’économie et cause de repoussoir pour les épargnants. Le risque, compte tenu de l’importance prise par les marchés dans le financement de l’économie, est que la prévision ne devienne auto-réalisatrice par l’incapacité des marchés à jouer leur rôle d’apporteurs de capital, précipitant ainsi la récession.

Dans un tel contexte, où une détérioration générale reste une menace, même si les indicateurs les plus récents ne l’annoncent toujours pas, l’investisseur sera avisé de ne pas avoir une exposition excessive. La bourse américaine, qui demeure le marché phare, a de nombreuses raisons de se replier après plus de six années de hausse et de reprise économique ; ce simple constat restreint le potentiel de la plupart des autres marchés, tandis que le rendement des produits de taux, sauf exception - on pense à la dette émergente, avec des taux qui approchent les deux chiffres, assortis toutefois d’un risque aujourd’hui encore très élevé- va rester d’une grande médiocrité. L’année ne s’annonce pas facile en bourse ; une gestion assez mobile au gré des humeurs des places et centrée pour la part à risque en priorité sur les valeurs de l’Europe, où l’orientation des indicateurs est obstinément favorable, devrait néanmoins tirer son épingle du jeu. *On observe toujours, dès que les indices baissent violemment, une forte augmentation des prophètes de l’apocalypse financière. On notera à cet égard la prévision d’un stratégiste mondialement réputé d’un indice S&P500 à 550, pour une valeur de l’ordre de 1 900 actuellement.

Les analyses et commentaires figurant dans cette lettre reflètent le sentiment et l'opinion de Christian CHARDIN, économiste de mes-placements.fr, sur l'économie, les marchés et leurs évolutions possibles, compte tenu de son expertise, des analyses économiques et des informations possédées à ce jour. Ils ne sauraient toutefois constituer un quelconque engagement ou garantie de son auteur ou de mes-placements.fr/Finance Sélection. Les investisseurs demeurent entièrement maîtres et responsables de leurs choix d’investissement et de l’adéquation de ceux-ci avec leur situation patrimoniale et personnelle. Ils reconnaissent assumer et supporter l’intégralité des risques financiers liés à leurs investissements. L’investissement en SICAV/FCP/SCPI/EMTN... ne comporte aucune garantie, ni de rémunération ni de capital.

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