jeudi05mai

Depuis un an et les points hauts du printemps 2015, les marchés financiers n'ont pas été brillants : lourdeur des bourses d'actions ou au mieux maintien laborieux, ergotage des marchés obligataires sur la deuxième décimale des rendements, désertion des véhicules monétaires en panne de rémunération, le tout sur fond de craintes sourdes et parfois exprimées d'affaissement conjoncturel généralisé. Le manque de confiance et de visibilité pousse à la rétention des investisseurs, dans la sphère financière comme dans la sphère réelle, générant de la volatilité dans des marchés où les intervenants en positions courtes exercent une prédominance fébrile. Les interrogations se multiplient sur la pertinence des politiques à l'oeuvre. Dans ce contexte, le désenchantement, antichambre du découragement, gagne les épargnants.

 

Les places boursières ont rebondi depuis leur entrée exécrable en 2016, supposée annoncer un effondrement économique imminent qui n'est pas survenu, mais sans tout à fait refermer une parenthèse truffée de doutes. Wall Street a été moins fiévreuse que les places d'Europe toujours pusillanimes, mais une fois traduite en euro, son évolution n'est qu'à peine moins médiocre que celle des marchés européens, à l'exception de l'Italie dont l'écroulement des banques explique en partie le recul des indices de la zone. Des capitaux gigantesques restent figés sur les emprunts souverains ou de premier rang dont une proportion importante traite à taux négatif, du moins en Europe et au Japon, comme si la déflation allait s'installer durablement.

Pourtant, les nouvelles économiques sont assez convenables. Au travers de statistiques qui, de l'une à l'autre et plusieurs fois par semaine, donnent des indications souvent contrastées, les Etats-Unis poursuivent une expansion de l'ordre de 2% l'an, entrant dans leur huitième année de croissance. En Europe, en dépit du retard français, l'activité progresse autour de 1,5% l'an ; l'incapacité à accélérer déçoit, mais la tendance se confirme régulièrement. Les gains de productivité sont d'ailleurs plus importants sur le vieux continent, expliquant la persistance d'un chômage élevé alors que le plein emploi est atteint de l'autre côté de l'Atlantique. La conjoncture japonaise est étale et tangente la décroissance, mais l'évite à ce jour.

Beaucoup des inquiétudes se concentrent sur la Chine, où l'on observe notamment un fort volume de créances douteuses, à l'origine de considérables surcapacités de production, et une bulle immobilière urbaine. La question clé est de savoir si ces déséquilibres peuvent faire dérailler l'économie au moment où celle-ci est engagée dans une transition structurelle, de centre de production à bas prix vers une prédominance des services. Pour l'instant, l'évolution se fait sans heurt majeur, au prix indéniable d'une perte de dynamisme plus ou moins compensée par un recours accru au crédit. La hausse résultante de l'endettement soulève des interrogations sur la stabilité à moyen terme. Constatons que l'on est encore sur une pente de croissance significative, que valident la remontée depuis plusieurs mois des cours des matières premières industrielles et celle du pétrole malgré le retour de la production iranienne sur les marchés. Certes, il y a peut-être un effet de restockage, mais augmente t-on les stocks si l'on estime être au bord de la récession ?

On entend beaucoup parler de la stagnation séculaire, nouveau thème à la mode. Peut-on objectivement décrire comme stagnante une activité qui croît autour de 3% l'an (moyenne mondiale) ou même 1,5% (pays les plus avancés, en moyenne) ? La perte du sens des mots induit chez les opérateurs un comportement d'enfants gâtés, toujours en deuil des Trente glorieuses achevées depuis 40 ans, et pour lesquels la croissance est toujours insuffisante ; la corrélation presque parfaite entre baisse du pétrole et baisse des bourses en fournit une illustration éclairante. Cependant, la révision régulière à la baisse des bénéfices de sociétés cotées, en général soumises à la concurrence internationale -à rebours de celles non cotées, souvent très domestiques, et qui ont vu leur environnement s'améliorer- jusqu'à une progression anémique entrave aussi les velléités haussières des indices. Ponctuellement, on évoquera l'incertitude sur l'issue du référendum britannique (le fameux Brexit) qui ajoute une inquiétude supplémentaire.

Plus grave, le sentiment se diffuse que les politiques monétaires ultra-accomodantes ne peuvent à elles seules, à défaut de réformes suffisantes, accélérer la conjoncture. On constate bien que la création monétaire surabondante ne se traduit que par un accroissement extrêmement modeste du crédit : l'argent ne passe qu'imparfaitement dans la sphère réelle et demeure largement figé dans la sphère financière, alimentant la volatilité des marchés. Pire, en renforçant la « répression financière » qui lamine les rendements de l'ensemble des placements, elle signe le désintérêt envers ceux-ci et, chez les entreprises, elle réduit les opportunités d'investissement. On en veut pour preuve que, chez les particuliers notamment en France, malgré le sentiment de « crise » persistante, les encaisses des ménages mesurées par les comptes courants sont en forte progression et à un sommet, les seules alternatives de placements envisagées étant constituées de biens réels (immobilier, terres, forêts, métaux précieux, etc.), par conséquent parfois en situation de bulles financières. Le sentiment se répand que la politique d'argent gratuit et pratiquement illimité pourrait être contre-productive, alimentant surtout la trappe à liquidités et échouant à ré-initier un processus de hausse des prix.

L'épargnant se révèle un peu perdu au milieu de ces écueils et tend à réduire ses investissements. Après tout, en l'absence d'inflation et de rémunération significative, conserver des encaisses inemployées ne représente pas un coût d'opportunité. Par suite, les échanges sur les marchés d'actions sont assez modestes, et l'on signale même des goulots d'étranglement sur diverses classes d'actifs obligataires, un comble quand la BCE y déverse 80 milliards d'euros par mois !

Cette atonie générale de l'investissement, réel comme financier, est dommageable pour l'économie dans son ensemble. On peut comprendre que les entreprises y sursoient, faute de visibilité satisfaisante quant à l'avenir proche, ou que des états sous contrainte y renoncent afin de maîtriser leur dette.  Les épargnants individuels devraient en revanche profiter d'une période où il est peu difficile de surpasser le taux sans risque, ce dernier s'échelonnant selon les sensibilités entre 0% (maintien en cash, alors que les taux monétaires ou des emprunts d'état à cinq ans sont d'ores et déjà négatifs) et 2,3% (rémunération moyenne 2015 des fonds en euros).

La volatilité, toutefois, et les perspectives peu attrayantes agissent ici comme un repoussoir ; aussi les solutions passent-elles par des modes de gestion différents : produits structurés à conditionnalité raisonnable et risque modéré pour peu que l'on dispose d'une échéance éloignée, produits alternatifs dont la palette assez riche propose des stratégies variées assorties -en principe- de performance absolue, ou encore gestion flexible. Cette dernière peut être mise en oeuvre en direct par les épargnants les plus mobiles, mais est accessible via de nombreux fonds ; on en retiendra avant tout la minorité qui a renoncé au portage obligataire pour assurer un rendement aujourd'hui hors d'atteinte. Enfin, l'assurance que constituent les métaux précieux, en premier lieu l'or, que ce soit sous forme physique ou via les succédanés que sont les fonds miniers, n'est pas d'un coût élevé dans le contexte actuel d'inflation zéro et d'absence de rémunération de l'argent. En dépit d'un parcours cette année déjà brillant, qui comporte un rattrapage après des années de baisse, cette protection contre une détérioration possible de l'environnement financier mondial pourrait encore réserver une avancée appréciable.

Les analyses et commentaires figurant dans cette lettre reflètent le sentiment et l'opinion de Christian CHARDIN, économiste de mes-placements.fr, sur l'économie, les marchés et leurs évolutions possibles, compte tenu de son expertise, des analyses économiques et des informations possédées à ce jour. Ils ne sauraient toutefois constituer un quelconque engagement ou garantie de son auteur ou de mes-placements.fr/Finance Sélection. Les investisseurs demeurent entièrement maîtres et responsables de leurs choix d'investissement et de l'adéquation de ceux-ci avec leur situation patrimoniale et personnelle. Ils reconnaissent assumer et supporter l'intégralité des risques financiers liés à leurs investissements. L'investissement en SICAV/FCP/SCPI/EMTN... ne comporte aucune garantie, ni de rémunération ni de capital.

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