lundi12septembre
La rémunération moyenne des fonds en euros continue à reculer, au grand dam des épargnants. Elle s'est établie en 2015 autour de 2.30%, un taux qui réclame plus de 30 ans pour simplement doubler un capital en monnaie courante. Elle menace de franchir à la baisse une marche notable en 2016, sous l'influence des marchés mais aussi des acteurs de la filière, assureurs et autorités monétaires en premier lieu.

mes-placements.fr en avertit depuis des années : le mouvement va se poursuivre, suivant à distance les taux administrés (livret A) et rémunérations à vue. Les taux baisseront encore pendant les trois prochaines années ; à plus longue échéance, une remontée reste envisageable, mais ne pourra être que très progressive, et le paysage de l'assurance vie aura certainement été en partie recomposé.

Des rendements en voie d'extinction

On le sait, la politique des banques centrales consiste depuis des années à pousser le loyer de l'argent à la baisse. Cette action relativement peu perçue au départ est arrivée à la connaissance du grand public par son improbable avatar qu'est l'instauration de taux d'intérêt négatifs pour les titres de dette, d'Etat pour l'essentiel. L'emprunteur gagne de l'argent quand le prêteur est ponctionné. Ce monde à l'envers, qu'expliquent des raisons assez techniques, trouvera un terme mais semble installé pour durer. Actuellement, près de 40% de la dette en zone euro, davantage encore en Suisse, au Japon ou en Scandinavie, traite à taux négatif sur les marchés. La pratique s'étend et commence à bénéficier aux signatures privées les plus crédibles. Il devient par conséquent de plus en plusardu de tirer un rendement quelconque d'un portefeuille d'obligations. Les fonds en euros des assureurs en sont en grande majorité constitués, car elles permettent de connaître à l'avance le rendement du placement. Les assureurs ont tardé à répercuter à leurs clients souscripteurs des fonds en euros cette violente décrue des rendements, pour divers motifs financiers : plus-values latentes importantes, réserves accumulées, et commerciaux : volonté d'afficher des rémunérations attrayantes. La précipitation des taux négatifs, puis leur maintien inattendu, les mettent dans une situation délicate ; continuer à rémunérer les porteurs au-dessus de 2% quand on emploie l'argent qu'ils apportent à 0.5 ou 1 % au mieux, avant même tout frais de fonctionnement, ne se fait qu'au détriment des réserves ou des marges et exerce un effet très dommageable sur la rentabilité. C'est pourquoi la baisse des fonds en euros est inscrite dans le futur.Pourquoi, objectera-t-on, les assureurs ne prennent-ils pas de placements plus rémunérateurs : immobilier, actions, etc., afin de continuer à servir une rémunération plus séduisante ? D'abord parce que la directive européenne Solvency II les contraint, sous prétexte de sécurité, à immobiliser une forte proportion de fonds propres en pareil cas, préjudiciable à l'agilité de leur gestion ; ensuite, parce que le risque (la variation des cours) associé à ces placements rend trop incertaine la perspective de rendement. En pratique, ces placements sont déjà présents dans les fonds, mais pour une part très mineure ; le risque qu'ils représentent ne doit pas compromettre la rentabilité du fonds, et par conséquent ne peut apporter de bonus autre que marginal.

Les restrictions à l'entrée ont débuté

Pris en tenaille entre les assurés et les marchés, les assureurs ont logiquement arbitré en faveur de leur santé financière. C'est une révolution culturelle pour l'épargne nationale : après avoir pendant plus de 30 ans vanté les mérites peu résistibles du fonds en euros, les assureurs cherchent maintenant ouvertement à en détourner la clientèle. Les premiers à contingenter l'accès au fonds en euros sont ceux qui détiennent des réserves les plus réduites, au grand soulagement de ceux mieux pourvus qui n'attendaient qu'un tel signal pour leur emboîter le pas. D'ici quelques trimestres à peine, l'accès intégralement libre au fonds en euros aura probablement disparu. Parmi la panoplie dont disposent les assureurs, la limitation chiffrée des montants à investir devient une réalité. Elle s'accompagne souvent de l'exigence d'une proportion de l'investissement en Unités de compte (U.C.), mesure qui peut aussi être autonome. A terme très proche, les nouveaux souscripteurs ne bénéficieront plus d'une garantie totale sur le capital : les frais de gestion annuels viendront en déduction, et il n'est pas exclu que le capital en tant que tel subisse un léger taux négatif. On a déjà vu la naissance d'un contrat sans fonds en euros. La création des fonds euro croissance, qui n'ont pas séduit l'épargnant, répond à une logique voisine : le capital reste garanti, mais à une échéance lointaine qui autorise l'assureur à accroître la diversification de ses placements. D'autres dispositions viendront sans doute prochainement restreindre encore l'accès aux fonds en euros ; des rumeurs plus ou moins fondées laissent entendre que la fiscalité, si nécessaire, pourrait y aider.

Les autorités appuient le changement

La loi Sapin II, en prévoyant ouvertement la possibilité pour l'exécutif d'ordonner la suspension temporaire des rachats des assurés, apporte aux assureurs un oxygène supplémentaire. En pratique, la plupart des contrats prévoient déjà, par une mention discrète, cette éventualité, mais sa mise en oeuvre se serait heurtée à l'effondrement de la réputation commerciale de l'assureur qui l'aurait tentée. Cette caution gouvernementale, très bienvenue du côté des gestionnaires, l'est nettement moins du côté des porteurs dont elle détériore la confiance... les incitant ainsi à se réorienter vers les U.C. L'engouement historique des épargnants pour le fonds en euros a commencé à décliner, mais il reste prédominant. Ce recul va s'accélérer au cours des mois et trimestres à venir sous l'effet d'une canalisation contractuelle des dépôts. Le péril pour l'assuré au contrat déjà ouvert n'est pas imminent : le maintien d'une inflation extrêmement basse fournit au fonds en euros une rémunération réelle convenable, et sa disponibilité au rachat est encore sans contrainte. A terme toutefois, l'épargnant sera avisé de modifier l'ossature de ses placements mobiliers : le coût d'une sécurité devenue incomplète se doublera d'une rémunération homéopathique face à laquelle, sur la distance, la grande majorité des U.C. apportera une plus grande satisfaction.

Comparatif du rendement de l'assurance vie, du livret A et des emprunts d'état depuis 2002 :



Sources : Banque de France (TME), FFSA et ACPR (rendements assurance vie), Insee (inflation)
Ces performances des fonds en euros sont nominales et s'entendent nettes de frais de gestion et avant prélèvements sociaux et fiscaux. Les taux TME et du Livret A sont des moyennes annuelles. Le taux du Livret A, totalement exonéré, est net d'impôts.

Les analyses et commentaires figurant dans cette lettre reflètent le sentiment et l'opinion de Christian CHARDIN, économiste de mes-placements.fr, sur l'économie, les marchés et leurs évolutions possibles, compte tenu de son expertise, des analyses économiques et des informations possédées à ce jour. Ils ne sauraient toutefois constituer un quelconque engagement ou garantie de son auteur ou de mes-placements.fr/Finance Sélection. Les investisseurs demeurent entièrement maîtres et responsables de leurs choix d'investissement et de l'adéquation de ceux-ci avec leur situation patrimoniale et personnelle. Ils reconnaissent assumer et supporter l'intégralité des risques financiers liés à leurs investissements. L'investissement en SICAV/FCP/SCPI/EMTN... ne comporte aucune garantie, ni de rémunération ni de capital.

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