mardi07avril
Questions à Eric Tibi, gérant de Sextant Europe (Amiral Gestion).


Eric Tibi : Nous pensons que notre savoir-faire ne dépend pas de la taille des sociétés mais de notre capacité à identifier des situations de sous-valorisation, que ce soit en France ou ailleurs en Europe. Nous n’avions pas de fonds dédié aux moyennes et larges capitalisations, c’est pourquoi nous avons lancé Sextant Europe en 2011.


Eric Tibi : Le segment des fonds européens de grandes capitalisations est très encombré et il faut au minimum trois ans pour que les investisseurs reconnaissent la crédibilité d’un gestionnaire d’actifs sur ce segment. C’est encore plus vrai pour nous car nous n’avons pas de réseau de distribution captif. Amiral Gestion a bâti la croissance de ses actifs sous gestion grâce à la performance absolue de ses fonds et il en sera de même pour Sextant Europe. Ce dernier a affiché des performances satisfaisantes avec un rendement moyen de 15,20 % par an depuis sa création en Juin 2011 et de 20 % par an sur les trois dernières années.


Eric Tibi : Après une période de démarrage ou j’étais le seul décisionnaire, nous sommes passés en sous-portefeuille l’an dernier. Le système de sous-portefeuille consiste à confier à plusieurs gérants de l’équipe un portefeuille où chacun peut mettre en œuvre ses propres idées. Cela conduit à une plus forte responsabilisation de l’équipe et aussi à mettre en relief des idées d’investissements qui n’auraient pas forcement été retenus par un décisionnaire unique. C’est une source de diversification, de dialogue et de créativité.


Eric Tibi : Les statuts du fonds nous obligent à avoir au moins 90 % de l’actif investi en actions européennes. Par ailleurs nous n’utilisons pas de produits dérivés ou de couvertures. Sextant Europe est un pur fonds de stock-picking géré sans contraintes indicielles.


Eric Tibi : J’ai dirigé pendant treize ans la recherche sur le secteur de la distribution européenne chez UBS et y ai aussi été le responsable de la recherche sur les actions françaises. Le contact très proche avec les entreprises permet de bien comprendre leurs mécanismes industriels et financiers de prise de décision.

Nous ne nous intéressons à une valeur que quand ses atouts ne nous semblent pas reconnus par le marché.

Le contact quasi-quotidien avec les grandes gestions de fonds institutionnelles m’a permis de comprendre ce que je souhaitais faire ou ne pas faire en tant que gérant. De façon générale, j’ai souvent observé une attention trop importante donnée aux éléments de court terme et à la compréhension du consensus de marché, et un manque de rigueur dans les approches de valorisation fondamentale. Nous investissons toujours dans une société en ayant une vision de comment sa valorisation évoluera à un horizon de trois ans. Nous pensons que cela fait partie de la vie des entreprises d’avoir des bons ou des moins bons résultats trimestriels et n’attachons qu’une importance limitée à ce type de publication. Nous ne sommes inquiets que si nous sentons une dérive par rapport au plan de marche que nous avions imaginé pour le moyen terme.


Eric Tibi : Notre approche de la valorisation est fondée sur l’actualisation des cash-flows futurs, en évitant les biais discrétionnaires de cette façon de travailler, notamment concernant l’évaluation du taux de croissance à long terme et du taux d’actualisation (nous utilisons toujours respectivement 1 % et 7 %). Nous n’investissons dans un titre que s’il présente une décote instantanée d’au moins 20% par rapport à notre valorisation fondamentale. Cette approche explique pourquoi le PER du fonds est relativement modéré (13,80 x 2015 et 12,30 x 2016). Nous ne nous intéressons à une valeur que quand ses atouts ne nous semblent pas reconnus par le marché. Il y a quantité d’excellentes sociétés dont nous aimerions être actionnaires, comme L’Oréal ou Inditex, mais nous n’avons jamais trouvé le niveau de valorisation boursière qui nous convenait. Mais nous avons pu aussi devenir actionnaires des sociétés très intéressantes quand le marché ne le reconnaissait pas la qualité de leurs actifs. Ainsi nous détenons des titres Whitbread (le leader au Royaume-Uni des hôtels 3 étoiles, avec Premier Inn, et des cafeterias, avec Costa) depuis fin 2011 quand cette société cotait à peine au-dessus de la valeur de ses murs d’hôtels ; ou encore nous sommes devenus actionnaires de Sika (une société suisse fabricants des produits chimiques à destination de l’industrie de la construction) début 2015 quand la possible entrée de Saint-Gobain dans son capital a fait brutalement décrocher son cours.


Eric Tibi : Historiquement, les valeurs françaises ont représenté entre 30 % et 40 % de l’actif du fonds (33 % actuellement). De façon générale, nous avons une très forte culture du marché français et cela se reflète dans nos choix. Le sujet pour nous n’est pas d’être proche d’un benchmark, nous ne voulons pas détenir des titres pour des raisons cosmétiques, mais parce que nous sommes convaincus de leur sous-valorisation. Si nous n’avons pas de bonne idée dans un pays, nous n’allons pas nous forcer à détenir des titres dans ce pays. Si le marché français nous semblait être survalorisé, nous pourrions très bien avoir 0 % en France. Ce que je viens de dire est aussi vrai pour les secteurs où nous avons été historiquement sous-exposés, des utilities, de l’énergie ou des banques.


Eric Tibi : Nous ne faisons jamais de prévisions sur le marché ; il y a tellement d’éléments que nous ne pouvons prévoir, comme les taux d’intérêt, les changes ou les variables géopolitiques… La mise en place d’une politique de « quantitative easing » en Europe a provoqué une forte hausse des marchés boursiers européens mais nous n’avons aucune certitude sur ce que sera l’impact à moyen terme d’une telle avalanche de liquidités, non seulement en Europe mais aussi aux Etats-Unis et au Japon. Nous préférons faire ce que nous savons faire, investir dans des entreprises dont la valorisation nous semble attrayante, et nous en trouvons encore. Outre Sika, nous avons investi cette année dans un gestionnaire d’actifs britanniques, Jupiter Fund Management, et dans un distributeur de vêtements italien, OVS.


Eric Tibi : Nos choix sont dictés par une approche de valorisation absolue, pas relative. Je considère souvent la Bourse comme un supermarché dans lequel personne ne vous dirait quels sont les articles en solde ; notre mission est de les trouver. Cette approche devrait aussi nous permettre d’échapper à de possibles bulles de valorisation dans certains secteurs. Nous avons une vision à long terme, nous ne « jouons » jamais les prochains résultats pour entrer et sortir d’une société ou les phénomènes de rotation sectorielle. Beaucoup de nos clients investissent avec une approche patrimoniale à long terme, souvent dans l’optique de leur retraite. Nous partageons cette approche. Enfin, Amiral Gestion est une société où tous les gérants ont investi à long terme dans les fonds Sextant via un fonds de fonds. Cela contribue à une forme d’autodiscipline dans nos choix de gestion. De la même façon que personne ne voudrait dîner dans un restaurant où le chef ne goûterait pas sa cuisine, nous pensons qu’il est rassurant pour nos porteurs de parts de voir nos intérêts alignés sur les leurs.


A découvrir également

  • Image actualite 1
    L’ISR, le prochain relais de croissance incontournable de votre portefeuille ?
    25/11/2022
  • Image actualite 2
    La remontée des taux rebat les cartes pour le marché obligataire
    24/11/2022
  • Image actualite 3
    5 idées reçues sur l’assurance vie
    22/11/2022
  • Image actualite 4
    Assurance vie : ces sommes qui pourraient bientôt être rendues aux épargnants
    16/11/2022

Archives

Nos placements
PERPlus de retraite et moins d'impôts avec nos PER sans frais d'entrée
Assurance vieDécouvrez nos contrats sans frais d'entrée
SCPIAccédez à l'immobilier professionnel dès 500 €
DefiscalisationInvestissez dans l'économie réelle en réduisant votre impôt