samedi01août
Le gouvernement vient de réduire la rémunération du Livret A à 0,75 %. C'est une première historique : jamais le taux de ce produit d'épargne extraordinairement répandu (on compte 61 millions de livrets A) n'était passé en-dessous de 1 %. La nouvelle est d'une forte portée psychologique. Les épargnants doivent-ils modifier leurs placements et leur comportement à cette occasion ?


Pour commencer, il faut relativiser les conséquences de cet abaissement. 0,25 % de moins ne représentent qu'un manque à gagner inférieur à 60 € annuels pour un livret au maximum, et 12,50 € pour un livret de 5 000 €. L'abaissement de rémunération, pour spectaculaire qu'il soit, ne saurait justifier en soi un remaniement patrimonial. Par ailleurs, avec, ou malgré un tel taux, l'épargne de précaution reste protégée compte tenu d'une inflation qui demeure extrêmement basse. Enfin, cette rémunération qui ne supporte aucun impôt sur le revenu distribué, ni aucun prélèvements sociaux continue à se comparer avantageusement dans le concert des placements de trésorerie. Seuls les « super-livrets » offrent un intérêt supérieur après fiscalité, mais sur des périodes courtes de trois mois au plus qui obligent à un nomadisme des placements fastidieux à gérer. Si l'on ne tient pas à s'adonner à cette acrobatie financière trimestrielle, les autres solutions pour employer sa trésorerie sont peu séduisantes.

Le Livret de développement durable (LDD, ex-Codevi) subit le même sort que le Livret A.

On mentionnera néanmoins le LEP, livret d'épargne populaire, et le Livret jeune, dont la rémunération est supérieure de 0,5 % et 0,75 % respectivement à celle du Livret A. Encore faut-il y être éligible : leur détention est soumise à des conditions de revenus en ce qui concerne le LEP, et réservée aux moins de 25 ans pour le Livret jeune. Les montants déposés y sont plafonnés à 7 700 € et 1 600 € respectivement. Les livrets bancaires et comptes à terme ne présentent que peu d'atouts. Leur rémunération de court terme est le plus souvent similaire à celle du Livret A, mais ils sont fiscalisés comme un revenu (avec option d'un prélèvement forfaitaire à 24 % jusqu'à 2 000 € d'intérêts annuels) et sont soumis aux prélèvements sociaux (P.S.). Pour obtenir éventuellement une rémunération supérieure au Livret A après impôt, il faut bloquer son argent sur une échéance relativement lointaine, et l'on ne peut plus parler alors d'épargne disponible. Beaucoup de détenteurs de livrets se sont reportés vers le plan d'épargne-logement (PEL). A 2 %, sa rémunération est plus attrayante, mais la soumission aux P.S. la ramène d'emblée à 1,69 % réels. Par ailleurs, le détenteur est tenu à un versement annuel minimal de 540 € ; retirer son épargne avant deux ans implique une réduction du taux servi, et avant quatre ans la perte des droits à prêt associés ; enfin, les intérêts sont fiscalisés après douze ans de détention. La souplesse de ce produit n'est donc pas parfaite. Quant à la rémunération du compte épargne-logement (CEL), produit cousin plus souple mais plus limité en montant, elle est seulement de 0,75 % avant P.S., soit 0,63 % nets. Pour finir, les Sicav de trésorerie et fonds monétaires sont actuellement à écarter. Les rendements qu'ils trouvent sur le marché monétaire oscillent autour de zéro, ne permettant qu'à grand-peine de gommer les frais de gestion, le tout avant fiscalité de droit commun et P.S.

Est-il donc impossible d'obtenir une rémunération satisfaisante de ses liquidités ?

Une solution existe pour les titulaires d'un contrat d'assurance vie de plus de huit ans et dépourvu de droit d'entrée sur les versements. On peut alors utiliser le fonds en euros du contrat comme instrument de trésorerie, sans limite de montant, en veillant à contenir les retraits à l'intérieur de l'abattement annuel sur les rachats (4 600 € d'intérêts pour une personne seule, 9 200 € pour un couple). Ainsi les intérêts ne seront pas imposés, seuls les P.S. étant retenus ; pour une rémunération brute à 2,50 % par exemple, le taux net servi sera donc de 2,11 %. Aucun autre produit de trésorerie ne propose l'équivalent. Seul inconvénient minime, la disponibilité n'est pas tout à fait immédiate mais réclame quelques jours.

Si l'on ne détient pas un tel contrat, que faire ?

Il n'y a pas de solution idéale de court terme. Mais cet abaissement du Livret A à un niveau jamais vu peut fournir l'occasion d'une réflexion sur l'allocation des économies. Une caractéristique saillante des épargnants français est la proportion très élevée, sans guère d'équivalent ailleurs, des liquidités. Beaucoup de ménages détiennent sous cette forme deux années de revenus, voire davantage – et encore bien plus si l'on ajoute les sommes sécurisées en fonds en euros. C'est là une sous-optimisation de leur patrimoine mobilier. On conseille généralement de détenir sous forme de liquidités à vue de trois à six mois de revenus, mobilisables sans délai en cas d'imprévu. Les montants qui gonflent sur les livrets dans les portefeuilles année après année sont bien la preuve que ce risque d'imprévu  est surestimé. Aussi la chute de ce rendement phare qu'est le Livret A à un niveau qui réclame ... 93 ans pour doubler un capital devrait-il être l'opportunité d'allonger la durée des placements, au prix certes d'un risque supérieur mais que l'on peut aisément moduler selon sa tolérance. La probabilité de battre le rendement des produits de court terme est aujourd'hui exceptionnellement élevée et ce serait sans doute une erreur de ne pas en tirer parti pour mieux rentabiliser son épargne. Les analyses et commentaires figurant dans cette lettre reflètent le sentiment et l'opinion de Christian CHARDIN, économiste de mes-placements.fr, sur l'économie, les marchés et leurs évolutions possibles, compte tenu de son expertise, des analyses économiques et des informations possédées à ce jour. Ils ne sauraient toutefois constituer un quelconque engagement ou garantie de son auteur ou de mes-placements.fr/Finance Sélection. Les investisseurs demeurent entièrement maîtres et responsables de leurs choix d'investissement et de l'adéquation de ceux-ci avec leur situation patrimoniale et personnelle. Ils reconnaissent assumer et supporter l'intégralité des risques financiers liés à leurs investissements. L'investissement en SICAV/FCP/SCPI/EMTN... ne comporte aucune garantie, ni de rémunération ni de capital.

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